Alix Senator 6 – La Montagne des morts de Valérie Mangin et Thierry Démarez (Casterman, septembre 2017)

C’est en 2012 que s’est développée – en parallèle de la série Alix créée en 1948 par Jacques Martin (décédé en 2010) – la série Alix Senator, scénarisée par Valérie Mangin et dessinée par Thierry Démarez, deux auteurs qui avaient déjà collaboré entre 2004 et 2008 pour les six tomes du Dernier Troyen (Soleil Productions/Quadrants), une épopée de science-fiction transposant L’Énéide de Virgile.

À la différence des aventures autonomes d’Alix, portées par d’autres scénaristes et dessinateurs qu’Alix Senator (notamment Marc Jailloux), les albums de la série dérivée se suivent et ne peuvent être lus séparément ou dans le désordre, même si chaque tome repose sur une intrigue spécifique, située pour l’instant en 12 av. J.-C. Si Alix Senator peut être lu sans connaître les aventures d’Alix, c’est bien sûr un plaisir, pour qui les connaît, de pouvoir retrouver des liens entre la série récente et la série originelle. La scénariste Valérie Mangin, chartiste, tisse dans l’histoire réelle d’Auguste et de Livie l’histoire fictionnelle d’Alix, d’Enak, de Titus et de Khephren, et nous plonge dans les intrigues de pouvoir de « l’après César », auxquelles se mêlent conflits familiaux, politiques et religieux. Les intrigues se déroulent pour l’instant à Rome, en Grèce et en Égypte.

Dans ce sixième tome de la série Alix Senator, le héros de la série-mère laisse une nouvelle fois la vedette à Khephren, le fils d’Enak, même si le père biologique et le père adoptif accompagnent le jeune homme dans son périple jusqu’à l’oasis de Zeus-Ammon, dans sa quête de la statue en orichalque de la déesse Cybèle, qui lui aurait promis, selon un oracle, « la puissance et l’éternité ». Titus, le fils d’Alix, est quant à lui presque absent de cette aventure égyptienne, puisqu’il est reparti à Rome pour porter à l’empereur Auguste le livre sibyllin dont il était déjà question dans le tome 4 Les Démons de Sparte (2015) et le tome 5 Le Hurlement de Cybèle (2016).

Dans cet album, vous apprendrez qu’Auguste a bien fait brûler certains livres sibyllins, comme on peut le voir dans les deux premières planches. Il les avait en effet fait transférer au sanctuaire d’Apollon Palatin (mais en 28 av. J.-C., pas en 12 comme dans la fiction) pour que le Sénat les consulte dès que nécessaire, en faisant toutefois procéder à une révision préalable de l’ensemble, qui avait conduit à brûler environ deux mille oracles jugés apocryphes. Les oracles jugés véridiques furent cachés dans le socle de la statue du dieu (voir Pierre Cosme, Auguste, Paris, Perrin, 2009, p. 142-143 et Jean-Pierre Néraudau, Auguste : la brique et le marbre, Paris, Les Belles Lettres, 1996, p. 332). Donc, si on suit la fiction, l’oracle annonçant à Khephren « la puissance et l’éternité » ne peut qu’avoir échappé à la véritable Histoire : présenté comme apocryphe par Auguste, jaloux ou inquiet face à un éventuel rival, il devait être détruit. La version officielle est toutefois donnée à Titus par Octavie : « Ils contiennent des secrets dangereux pour tout le monde. Mon frère protège la paix. » (p. 4). L’épisode apparaît alors comme une manipulation impériale de plus.

 

Nous conseillons vivement aux amateurs d’Histoire de se procurer plutôt la version premium de chaque album, qui contient un cahier historique spécial, rédigé par Valérie Mangin. Il porte cette fois sur « L’oasis sacrée d’Ammon ».

Julie Gallego

 

Édition normale

Édition premium

Édition normale papier : 13,95 € ; édition numérique : 9,99 € (48 pages)

Édition premium : 18,95 € (48 pages + cahier spécial 8 pages sur « L’oasis sacrée d’Ammon », album dos toilé)

Sites officiels : présentation de la série par l’éditeur et encyclopédie Alix Senator élaborée par la scénariste Valérie Mangin


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