Cadeau de Noël n°2 : Une pâtisserie du Satiricon

UNE PÂTISSERIE FARCEUSE

Nous n’eûmes guère le temps d’admirer ces si élégantes figures, car soudain les caissons du plafond se mirent à vibrer et la salle à manger trembla toute. Je me dressai, épouvanté, redoutant qu’un funambule ne descendît par le toit. Non moins étonnés les autres convives levèrent la tête, guettant quelque révélation céleste. Mais d’un coup s’écartèrent les caissons et descendit un énorme cerceau semblant provenir d’une gigantesque futaille tout autour duquel pendaient des couronnes dorées et du parfum dans des flacons d’albâtre. Tandis qu’on nous invitait à nous saisir de nos cadeaux, je tournai mes regards vers la table où déjà on avait déposé un plateau couvert d’un assortiment de gâteaux au milieu duquel s’érigeait un Priape de pâtisserie, dûment chargé, selon l’ordinaire usage, d’une profuse brassée de raisins et de fruits de toute espèce. Nous tendions nos mains avides vers ces munificences lorsque soudain un nouveau déclenchement de gags ranima l’hilarité : tous les gâteaux et tous les fruits, à peine les avait-on effleurés, lâchaient un jet de parfum safrané qui aspergeait burlesquement le visage. Persuadés qu’un plat machiné pour répandre d’aussi religieux effluves ne pouvait qu’être tenu pour sacré, nous nous levâmes tous pour porter la santé de l’auguste Empereur, père de la patrie, puis, voyant qu’après cet hommage certains invités escamotaient des fruits, nous en fîmes autant et emplîmes nos serviettes, surtout moi, qui ne trouvais aucune offrande assez abondante pour en charger la poche de Giton.


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