Campagne électorale

Cette chronique se veut un hommage à un monument de la culture populaire française, édité depuis 1886 : le fameux Almanach Vermot.

Comme chez son grand frère, vous y trouverez des histoires drôles ou insolites, des portraits, des conseils pratiques de toutes sortes, des dictons et proverbes, des jeux d’esprit, des bons mots. Bref, du grec, du latin, assaisonnés d’une pointe d’esprit gaulois. Tout pour vous distraire avec les Anciens !

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ALMANACHVS

VERMOTVS

 

Lundi 9 avril 2017 - Dimanche 7 mai 2017

 

Campagne électorale présidentielle

 

 

 

Paroles d’empereurs

 

Qualis rex, talis grex

“Tel roi, tels sujets”

Trajan

 

Oderint, dum metuant

“Qu’ils haïssent, pourvu qu’ils craignent !”

Caligula

 

Unus pro multis

“Un pour tous !”

Othon

 

Non mihi, sed populo

“Non pour moi, mais pour le peuple”

Hadrien

 

Un noctambule imbibé ?

Jeune homme aux murs de Pompéi,

par Stepan Bakalovich (1885)

 “Tiens bien l’échelle !”

Graham Chapman

dans la comédie des Monty Python :

La Vie de Brian, par Terry Jones (1979)

Graffiti électoral

Pompéi, années 70 apr. J.-C.

 “Noctambules imbibés, votez pour…”

Affichage électoral à Pompéi

 

Article L51 en vigueur au 22 mars 2015 relatif à l’affichage électoral :

Pendant la durée de la période électorale, dans chaque commune, des emplacements spéciaux sont réservés par l’autorité municipale pour l’apposition des affiches électorales.

Dans chacun de ces emplacements, une surface égale est attribuée à chaque candidat, chaque binôme de candidats ou à chaque liste de candidats.

Pendant les six mois précédant le premier jour du mois d’une élection et jusqu’à la date du tour de scrutin où celle-ci est acquise, tout affichage relatif à l’élection, même par affiches timbrées, est interdit en dehors de cet emplacement ou sur l’emplacement réservé aux autres candidats, ainsi qu’en dehors des panneaux d’affichage d’expression libre lorsqu’il en existe.

Extrait du Code électoral, Chapitre V : Propagande

 

Si l’affichage électoral est sévèrement réglementé de nos jours, tel n’était pas le cas dans la Pompéi antique. La ville était en effet administrée par deux duumviri élus pour un an, chargés du droit et des finances publiques ; ils étaient assistés par deux édiles, également renouvelés chaque année. Les magistrats étaient donc tous les ans en campagne – c’est dire si la propagande électorale faisait rage ! La ville entrait alors en ébullition et ses murs ont gardé par endroits la trace peinte de cette intense fièvre électorale.

 

Pour soutenir son candidat, chacun s’y mettait, par corporation, et à l’unisson de préférence. Les boulangers, les coiffeurs, les marchands de fruits, d’ail ou d’oignons, les muletiers, les orfèvres, les teinturiers, tous clament sur les murs, selon leurs intérêts : “Holconius Priscus duumvir ! Les foulons votent pour lui, à l’unanimité !” ; “Je vous prie de faire duumvir Gaius Julius Polybius. Les boulangers votent pour lui, en masse !”, ou encore : “Je vous prie de faire édile Caius Cuspius Pansa, digne des charges publiques. Saturninus vote pour lui, ainsi que ses élèves.”

 

On n’hésite pas à héler le chaland, sur un ton tantôt poli, péremptoire ou complice : “Je vous prie de faire édile Caius Julius Polybius : avec lui, c’est du bon pain !” ; “Trebius, Secoue-toi ! Fais édile Lollius Fuscus, un honnête garçon !”, ou bien : “Crescens, je le sais bien que tu veux pour édile le jeune Lucius Popidius !”

 

Les arguments sont évidemment imparables, et attendus – respectabilité, honnêteté ou générosité du candidat, qui n’a pas hésité à payer de sa poche de grands spectacles, ce que l’on ne manque pas de rappeler au bon peuple des électeurs, au cas où il l’aurait l’oublié : “Lucius Munatius Caeserninus duumvir quinquennal ! Gens de Nucéria, vous avez vu ses boxeurs au combat !”

 

Les femmes, qui ne jouissaient pourtant pas du droit de vote, n’étaient pas en reste et y mettaient aussi leur grain de sel : “Je vous prie de faire édiles Marcus Casellius et Lucius Albucius. Statia et Petronia votent pour lui. Pourvu qu’on ait à jamais de tels citoyens dans la colonie !” Même les prostituées ont des préférences… et elles les affichent ! “Caius Lollius Fuscus duumvir chargé de la voirie et de l’entretien des bâtiments civils et religieux ! Les filles de chez Asellina votent pour lui, sans compter Zmyrina” – un parrainage sexy, mais… embarrassant !

 

Tous les cercles, politiques, religieux, sportifs, amicaux, se jettent à corps perdu dans la bataille – les serviteurs de Vénus, les adorateurs d’Isis, les joueurs de ballon, les joueurs de dames, les amateurs de spectacles ou encore les voisins de quartier : “Vos voisins vous prient de faire Lucius Statius Receptus duumvir chargé du droit, un homme méritant. Écrit par Aemilius Celer, votre voisin. Toi, le gros jaloux qui l’effaces, crève !”

 

Car les slogans peuvent s’effacer le jour aussi vite qu’ils fleurissent la nuit sur les murs des maisons, en grandes et belles lettres rouges ou noires, au gré des luttes partisanes. Il arrive d’ailleurs au peintre engagé pour ce travail de s’y mettre lui-même en scène avec humour : “Clodius, fais édile Holconius Priscus. Tavernier Seius, tu as bien fait de me prêter une chaise !” ; “Julius Polybius édile chargé de la voirie et des bâtiments civils et religieux ! Porte-lanterne, tiens bien l’échelle !”

 

Car les facétieux et les plaisantins ne manquaient pas non plus et à Pompéi, ils s’acharnent contre un certain Vatia : “Vatia édile ! Les petits voyous votent pour lui !” ; “Vatia édile ! Macerion et les ronfleurs réunis votent pour lui !” ou encore : “Je vous prie de faire édile Marcus Cerrinius Vatia. Les noctambules imbibés votent pour lui, à l’unanimité ! Écrit par Florus, ainsi que Fructus”.

 

Honnêtes citoyens du XXIe siècle, prenez donc exemple sur les bonnes gens de Pompéi : que vous soyez boulangers, coiffeurs, marchands de primeurs, garagistes, orfèvres, ou teinturiers, adeptes de Vénus ou adorateurs d’Isis, footballeurs ou cinéphiles, marmottes ou noctambules imbibés, votez pour qui vous voudrez… pourvu que ce ne soit pas pour Vatia !

 

 

 

 

Chronique réalisée avec l’aimable collaboration de…

Almanach Vermot 2017. Petit musée des traditions & de l’humour populaire français, Paris, 2016 ; https://commons.wikimedia.org ; Robert Étienne, La Vie quotidienne à Pompéi, Paris, 1998 (5e éd.) ; James L. Franklin, Pompeii : the Electoral Programmata, Campaigns, and Politics, A.D. 71-79, Rome, 1980 ; IMDb (Internet Movie Database) http://www.imdb.com/title/tt0047630/combined ; https://www.legifrance.gouv.fr/ ; Monty Python : La vie de Brian, par Terry Jones (1979) ; Henrik Mouritsen, Elections, Magistrates, and Municipal Elite. Studies in Pompeian Epigraphy, Rome, 1988 ; http://www.noctes-gallicanae.fr ; https://fr.pinterest.com ; Renzo Tosi, Dictionnaire des sentences grecques et latines, Paris, 2010 ; Rex E. Wallace, An introduction to Wall Inscriptions from Pompeii and Herculaneum, Wauconda, Ill., 2005 ; Karl-Wilhem Weeber, Fièvre électorale à Pompéi, Paris, 2011

 

 

 

 


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