Chroniques anachroniques - Cocorico 1er tour

 

L’actualité turbulente de nos démocraties (si lointainement grecque !) nous invite à consacrer un cycle de chroniques sur la politique et  son univers impitoyable…Ceux qui appellent de leurs vœux  la moralisation du triste spectacle auquel s’adonnent les politiques, trouveront en Ésope, fabuliste du VIIe s. av. J.-C., et ses leçons un antique gage de conduite à suivre.

 

 

Les deux coqs et l’aigle

                  Ἀλετόρων δύο μαχομένων περὶ θηλειῶν ὀρνίθων, ὁ εἷς τὸν ἕτερον κατετροπώσατο. Καὶ ὁ μὲν ἡττηθεὶς εἰς τόπον κατάσκιον ἀπιὼν ἐκρύβη· ὁ δὲ νικήσας εἰς ὕψος ἀρθεὶς καὶ ἐφ' ὑψηλοῦ τοίχου στὰς μεγαλοφώνως ἐβόησε. Καὶ παρευθὺς ἀετὸς καταπτὰς ἥρπασεν αὐτόν. Ὁ δ' ἐν σκότῳ κεκρυμμένος ἀδεῶς ἔκτοτε ταῖς θηλείαις ἐπέβαινε.

            Ὁ μῦθος δηλοῖ ὅτι Κύριος ὑπερηφάνοις ἀντιτάσσεται, ταπεινοῖς δὲ δίδωσι χάριν.

            Deux coqs se battaient pour des poules ; l’un mit l’autre en fuite. Alors le vaincu se retira dans un fourré où il se cacha, et le vainqueur s’élevant en l’air se percha sur un mur élevé et se mit à chanter à plein gosier. Aussitôt un aigle fondant sur lui l’enleva ; et le coq caché dans l’ombre couvrit dès lors les poules tout à son aise.

            Cette fable montre que le Seigneur se range contre les orgueilleux et donne la grâce aux humbles.

 

Ésope, Fables, XX

Texte établi et traduit par E. Chambry

 

Pourquoi le coq ? Chacun aura présent à l’esprit les coqs, jeunes et moins jeunes, qui s’activent, se plument mais se remplument dans les appareils des partis ou dans les cours de l’État, avec cet art de rester altier, même les pattes dans la boue (Sénèque dit bien, dans son Apocoloquintose, 7, que « Gallus in sterquilinio suo plurimum potest »), entichés parfois de sulfureuses poules, à l’affût de miettes de pouvoir, donnant du bec dans une belle cacophonie amplifiée par le sempiternel caquet des journalistes…La crête capillaire du président américain fraîchement élu, plastronnant à outrance, achèvera de nous convaincre de la pertinence métaphorique de l’animal.

Dans l’Antiquité, le coq jouissait d’un certain prestige, vénéré par les Romains (il était notamment l’attribut d’Apollon, Mars, Cérès et Mercure). Sa crête passait pour porter la plus belle nuance de rouge, signe de gloire et de victoire (la pourpre sénatoriale). Arborant haut une telle couronne, il ne pouvait qu’être aimé des dieux et en être le messager. Étonnante pérennité d’une image ! Puissent les hommes politiques relire le vieil Ésope, se prémunir de toute vanité, démesure et fanfaronnade dans les incertitudes du vote démocratique (encore tout dernièrement lors du premier tour des Primaires du 20 novembre) ! Puissent-ils aussi, du coq, endosser les valeurs de courage, vaillance et de vigilance auxquels les Chrétiens associaient le volatile.

Nous laisserons la morale à La Fontaine, Fables, VII, 12 (Les deux coqs) :

 

« La fortune se plaît à faire de ces coups;
Tout vainqueur insolent à sa perte travaille.
Défions-nous du Sort, et prenons garde à nous
Après le gain d'une bataille. »

 


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