Chroniques anachroniques - L’animal politique

            Les dirigeants de tout pays et de toute époque ont l’habitude de s’entourer de ministres, de conseillers, de gardes du corps, d’une police secrète, d’une cour et aussi…d’un animal favori. Notre nouveau et jeune Président n’a pas dérogé à la règle, en adoptant récemment un dogue argentin verniennement, mais si romainement, voire fort ulyssément baptisé Nemo, « Personne ».

            Toute chose étant égale, le choix médiatisé de cette sorte d’attribut du pouvoir nous a divertis aujourd’hui vers le personnage haut en couleurs de Caligula (37-41 apr. J.-C.), pour les raisons que nous connaissons, et cher à l’historiographie sénatoriale d’un Suétone, qui aime à se repaître des extravagances de cet empereur romain.

Prasinae factioni ita addictus et deditus, ut cenaret in stabulo assidue et maneret, agitatori Eutycho comisatione quadam in apophoretis uicies sestertium contulit. Incitato equo, cuius causa pridie circenses, ne inquietaretur, uiciniae silentium per milites indicere solebat, praeter equile marmoreum et praesaepe eburneum praeterque purpurea tegumenta ac monilia e gemmis domum etiam et familiam et supellectilem dedit, quo lautius nomine eius inuitati acciperentur ; consulatum quoque traditur destinasse.

Il était si profondément attaché à la faction des cochers verts, qu’il dînait et séjournait continuellement dans leur écurie, et que, certain jour, l’un d’entre eux, nommé Eutychus, reçut de lui, au cours d’une orgie, deux millions de sesterces comme présent d’adieu. En ce qui concerne son cheval Incitatus, la veille des jeux du cirque, pour que son repos ne fût pas troublé, il avait coutume de faire imposer silence au voisinage par des soldats ; outre une écurie de marbre et une crèche d’ivoire, outre des housses de pourpre et des licous ornés de pierres précieuses, il alla jusqu’à lui donner un palais, des esclaves et un mobilier, pour recevoir plus magnifiquement les personnes invitées en son nom ; il projeta même, dit-on, de le faire consul.

Suétone, Vies des douze Césars, Vie de Caligula, 55

Texte établi et traduit par H. Ailloud, Les Belles Lettres, 2012

            Au-delà de la malveillance de la notice biographique qui cloue les Principes par des anecdotes assassines, Caligula n’est pas le premier à avoir eu un animal fétiche. Pour ne pas parler du monde égyptien où l’animal était omniprésent dans le langage et les attributs du pouvoir, pour ne pas parler des métaphores animalières de la chouette d’Athéna, de la louve des fondateurs de Rome,  des éléphants d’Hannibal, du coq gaulois (relisez notre chronique à ce sujet !), qui ne connaît pas le couple Alexandre le Grand-Bucéphale, auquel le conquérant a dédié une ville, aujourd’hui Phalia au Pakistan ?

            Nos présidents de la Ve République ont choisi le chien, comme animal de compagnie médiatique : Valéry Giscard d’Estaing avait un braque, Jugurtha, François Mitterrand un labrador, Baltique, Jacques Chirac, un bichon maltais, Sumo, Nicolas Sarkozy, un labrador, Clara et un terrier, Dumbledore, François Hollande, un labrador, Philae. Les noms donnés reflèteraient-ils de la culture et des centres d’intérêt des propriétaires ?

            L’époque contemporaine n’en est pas moins extravagante que l’antique, qui a vu un cochon candidat aux élections présidentielles américaines. Faut-il s’inquiéter d’un syndrome caliguléen ou simplement d’un trait cynique quand François Mitterrand a voulu nommer sa chienne Baltique au Conseil économique et social ? Caue canem !


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