Cocorico 2nd tour

S’il nous est apparu que le caractère du coq se vérifiait chez nos hommes publics, l’analogie peut d’autant plus s’étendre dans le domaine politique que ce volatile de basse-cour  n’a pas manqué d’interférer dans la gestion des affaires humaines à Rome. Les écrivains latins en sont à ce point conscients que le naturaliste Pline l’Ancien joint l’humour, voire l’ironie, à l’observation, dans le portrait qu’il en donne.

 

Proxime gloriam sentiunt et his nostri uigiles nocturni, quos excitandis in opera mortalibus rumpendoque somno natura genuit. norunt sidera et ternas distinguunt horas interdiu cantu. cum sole eunt cubitum quartaque castrensi uigilia ad curas laboremque reuocant nec solis ortum incautis patiuntur obrepere diemque uenientem nuntiant cantu, ipsum uero cantum plausu laterum.  Imperitant suo generi et regnum in quacumque sunt domo exercent. dimicatione paritur hod inter ipsos uelut ideo tela agnata cruribus suis intellegentium, nec finis saepe commorientibus. quod si palma contigit, statim in uictoria canunt seque ipsi principes testantur; uictus occultatur silens aegreque seruitium patitur. et plebs tamen aeque superba graditur ardua ceruice, cristis celsa, caelumque sola uolucrum aspicit crebra, in sublime caudam quoque falcatam erigens. itaque terrori sunt etiam leonibus ferarum generosissimis. Iam ex his quidam ad bella tantum et proelia adsidua nascuntur — quibus etiam patrias nobilitarunt, Rhodum aut Tanagram; secundus est honos habitus Melicis et Chalcidicis —, ut plane dignae aliti tantum honoris perhibeat Romana purpura. Horum sunt tripudia solistima, hi magistratus nostros cotidie regunt domusque ipsis suas claudunt aut reserant. hi fasces Romanos inpellunt aut retinent, iubent acies aut prohibent, uictoriarum omnium toto orbe partarum auspices. hi maxime terrarum imperio imperant, extis etiam fibrisque haut aliter quam opimae uictimae diis grati. habent ostenta et praeposteri eorum uespertinique cantus : namque totis noctibus canendo Boeotiis nobilem illam aduersus Lacedaemonios praesagiuere uictoriam, ita coniecta interpretatione, quoniam uicta ales illa non caneret.

 

Viennent ensuite comme oiseaux sensibles à la gloire nos veilleurs de nuit, que la nuit a créées pour remettre les hommes au travail et les arracher au sommeil. Ils connaissent les constellations, et ils coupent la journée de trois heures en trois heures par leurs chants. Ils vont se coucher avec le soleil, et, à la quatrième veille militaire ; ils ne souffrent pas que le lever du soleil nous surprenne ; ils annoncent par leur chant la venue du jour, et chant lui-même en battant des ailes. Ils règnent sur leurs congénères et exercent leur souveraineté en quelque maison qu’ils soient. Ils la conquièrent en luttant entre eux, comme s’ils comprenaient la destination des armes qu’ils portent aux pattes, et le combat est souvent sans résultat, les rivaux succombant ensemble. S’il y a victoire, les vainqueurs aussitôt chantent et proclament eux-mêmes leur souveraineté ; le vaincu se cache en silence et souffre avec peine la servitude ; cependant le peuple, non moins fier, marche la tête haute, la crête droite ; seuls parmi les oiseaux ils regardent souvent le ciel, dressant aussi dans les airs leur queue recourbée comme faucille. Aussi inspirent-ils de la terreur même aux lions, les plus courageux des animaux. Ajoutons que certains d’entre eux naissent que pour la guerre et d’incessants combats ; -par là, ils ont illustré leur pays natal, Rhodes ou Tanagra ; on a donné le second rang à ceux de Médie et de Calchis-. Cet oiseau mérite donc pleinement que la pourpre romaine lui rende tant d’honneurs. Ils fournissent des présages en prenant leur nourriture ; ce sont eux qui régissent quotidiennement nos magistrats, qui leur ferment ou leur ouvrent leur propre maison. Ce sont eux qui mettent en marche ou retiennent les faisceaux romains, qui ordonnent ou interdisent les batailles, annonciateurs de toutes les victoires remportées dans l’univers entier. Ce sont eux les grands maîtres des maîtres du monde ; leurs entrailles et leur foie ne sont pas moins agréables aux dieux que les victimes opimes. Ils donnent des avertissements prodigieux en chantant à des heures extraordinaires ou le soir. En effet c’est en chantant durant des nuits entières qu’ils présagèrent aux Béotiens leur fameuse victoire sur les Lacédémoniens : telle fut l’explication proposée, parce que cet oiseau, quand il est vaincu, ne chante.

 

 

Pline l’Ancien, Histoire naturelle, X, 24, traduction de E. de Saint-Denis

 

 

C’est une image d’Épinal que celle du magistrat accompagné de son appariteur le pullaire scrutant le degré d’appétit des volatiles qui rendra négative, favorable ou très favorable la réponse à la consultation. Selon Cicéron et les historiens, la réponse divine allait toujours dans le sens du magistrat. Nos hommes politiques en auraient-ils retenu une leçon dans l’interprétation des courbes et des chiffres ? Les instituts de sondage, au vu de leurs monumentales erreurs commises dans un passé récent, seraient peut-être bien inspirés d’y prendre leçon (en 2014, lors du mondial, Paul  le poulpe ne fut-il pas le meilleur pronostiqueur ?)

Mais passons du coq… au coq, Gallus, Gaulois celui-ci ! Les Romains furent les premiers à associer le coq et la Gaule. Sur un simple jeu de mots, renforcé par une comparaison entre la fougue proverbiale des guerriers gaulois et la vaillance du coq. Mais surtout, plus que la fleur de lys ou le drapeau tricolore, le coq gaulois (à côté de l’aigle germanique et du léopard britannique) incarne l’unité et la continuité de la France. Même si, initialement, ce sont nos amis européens (Anglais, Allemands et Italiens) qui, à partir du XIIe siècle,  à la faveur d’un amusement  littéraire, comparent le Roi de France à un coq pour le ridiculiser, cette image fut adoptée en France même pour devenir un emblème choisi. En effet, il accompagne notre histoire nationale de manière presque ininterrompue et, contrairement aux autres emblèmes français,  se compromet tant avec la Monarchie qu’avec la République.  Avant que la Révolution ne lui octroie une importance particulière où le coq envahit tout, enseignes, monnaie… , sa primauté emblématique dans la représentation de la France se maintient dans les bouleversements politiques du XIXe siècle. Son image sigillaire sera ainsi reprise, presque inchangée sur les sceaux des IIe, IIIe et IVe République. Le coq, c’est lui notre vraie figure d’État (consensuel,  il envahit les jeux du stade).  Les Français, si vaniteux pourtant,  n’auraient-ils si peu d’amour-propre pour s’identifier à un gallinacée ? Ou serait-ce là leur fierté ?  Plus que l’homme, le coq est définitivement un animal politique !

 

 

 


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