Entretien autour d'Hémiole chez Arrête ton Char !

Entretien initialement publié sur Arrête ton Char.

 

Hémiole, le roman de Pythagore n’est pas, malgré son sous-titre, un roman sur Pythagore. Le roman commence en effet à Crotone, au moment où Pythagore a déjà fondé son école et que son autorité plane sur la ville. Le roman, à travers son narrateur Tagès, un médecin étrusque qui vient s’installer à Crotone, arrive à nous transporter au 5ème siècle av. J.-C. à travers de multiples scènes de la vie de l’époque. On va suivre plus précisément l’évolution de deux jeunes aristocrates, Arkhippos et Cylon, qui, malgré leurs liens, vont choisir deux idéologies différentes. Ce roman, très bien documenté, permet de découvrir la Grande Grèce, et ses mœurs (dans de magnifiques scènes de symposion), mais aussi de réfléchir sur les rapports humains et sociaux.

Pierre Squara, médecin et essayiste, écrit un premier texte de fiction avec ce roman. Il a su dans ce roman mêler Histoire et fiction avec cette harmonie qu’il ne cesse de célébrer dans son roman.

-Vous avez déjà écrit plusieurs essais, pourquoi vous êtes-vous finalement tourné vers la fiction ?

En vérité je suis préoccupé par la question de la cohésion sociale et du « mieux vivre ensemble ». Mon dernier essai, « Réanimer la politique » (qui vient d’être réédité chez l’Harmattan) m’a conduit à m’interroger sur les sources de la démocratie et à découvrir que ses limites étaient identifiées et débattues dès l’origine.  Le roman permet un traitement du sujet différent de l’essai, avec plus de liberté. C’est aussi plus de facilité pour capter l’attention du lecteur en partageant avec lui des temps de plaisir et des temps de repos. 

– Pourquoi avoir choisi la figure de Pythagore et la ville de Crotone pour votre livre ?

En réalité, Pythagore n’est qu’un heureux hasard. Crotone la raisonnable contre Sybaris la débauchée, Pythagore l’âme de Crotone et le chantre de l’aristocratie (au sens étymologique bien sur) contre Telys et la démocratie de Sybaris, j’ai trouvé là une matière romanesque considérable et parfaitement ajustée au projet.

J’avais une époque et des personnages romanesques à souhait mais je n’avais pas le lien entre eux. Sans ce lien, je risquais de faire un documentaire sans vigueur. C’est une conférence du Collège de France sur l’harmonie et notamment la lecture de Daniel Heller Roazen qui m’a donné mon fil rouge. Je connaissais le rôle de Pythagore dans la mise en évidence mathématique de l’harmonie mais je ne l’avais pas envisagé avec une aussi vaste portée. C’est ainsi qu’Hémiole  a trouvé son titre (puisque cela veut dire 3/2 en grec et que c’est le rapport de longueur vibrante qui détermine la quinte) et son architecture. A partir de ce moment, je me suis mis à écrire en suivant l’harmonie sous toutes ses formes.

– Votre livre mélange de nombreux thèmes : musique, mathématiques, politique, religion… Quel est le premier thème/message que vous avez voulu développer ?

J’ai donc voulu montrer que l’harmonie imprègne la vie sous toutes ses formes. Cette ode à la vie repose sur une combinaison d’accords et de désaccords, de consonances et de dissonances, de compromis. En miroir, cela veut dire que les forces pures, univoques, géométriques, rigides, sont vouées à la mort. 

 Une grande partie de l’action repose sur deux personnages féminins totalement fictionnelles : Junia et Athanasia , pourquoi ce choix ?

J’ai essayé de ne rien travestir de la réalité historique, du moins ce qui nous en est parvenu. J’ai donc donné aux personnage réels leur rôle véritable en ne m’autorisant que des extrapolations probables ou plausibles. J’ai réservé à des personnages de liaison fictifs, les rôles nécessaires à rendre l’atmosphère romanesque indispensable. Cette époque était riche d’une grande sensualité, mais je ne pouvais pas distribuer  les rôles principaux en ce domaine à des personnages historiques sans prendre le risque de les grimer.

-Pourquoi avoir choisi une narration à la 1ère personne, faite par un médecin étrusque ?

 J’ai fait le choix d’un style assez riche pour reporter le lecteur vingt-cinq siècles en arrière. Par ailleurs les noms des personnages et leur nombre pouvaient dérouter. Il fallait que la narration allège un peu ces choix, d’où un narrateur à la première personne. Un lecteur a d’ailleurs fait ce joli commentaire sur Hémiole en le comparant à un bain chaud ! On y entre avec précaution avant d’en profiter. L’idée du conteur, un médecin étrusque, est venu par hasard en commençant la première page. Comme cela permettait de faciliter les descriptions et les commentaires à la manière d’un récitant, je me suis attaché à lui et je l’ai gardé. Etant médecin et d’origine italienne, sans doute m’y suis-je aussi identifié quelque peu.


Dernières chroniques

Le 26 Septembre 2017
Jean-Noël Robert, latiniste et historien de Rome, a publié aux éditions Les Belles Lettres une quinzaine d'ouvrages sur l'histoire des mentalités (...)
Le 06 Septembre 2017
Aujourd'hui, La Vie des Classiques vous offre l'entretien liminaire de l'anthologie À l'École des Anciens entre Laurent Pernot et Jacqueline de (...)