Les Sphyrènes d’Alexandrie — Herculanum

 

Prenons une bibliothèque d’Herculanum ap. J.-C. et une bibliothèque moderne. Nous remarquons aussitôt que la principale différence entre les deux modèles tient en un mot :

 

¶ Vesuvio.

 

Avant d’être une pizzeria de Gratianopolis, Il Vesuvio, comme le nomment les autochtones, fut un excellent moyen de conservation des livres antiques – en fait, le meilleur jamais trouvé à ce jour. Le procédé, si simple que c’est miracle s’il ne fut jamais copié par des industriels chinois, consistait à déposer sur une bibliothèque une bonne couche de fange volcanique, préalablement chauffée à environ 300° Celsius. Ce n’est pas Pison qui nous contredira. Pison ? Oui, le tétracélèbre Pison, primo en tant que beau-père de Jules César, secundo en tant que propriétaire d’une chouette villa à Herculanum, tertio parce que cette villa comprenait une bibliothèque pleine de papyri (d’où son nom de Villa des papyri), et quarto parce qu’elle eut la bonne idée de se laisser ensevelir sous les boues du Vésuve en l’an 79.

À partir de 1750, des fouilles permirent de découvrir 1838 gros cigares cubains usagés. On en fuma, on en jeta bêtement une cinquantaine, avant de comprendre qu’il s’agissait là d’authentiques livres romains bien conservés. Le « procédé Vesuvio » souffrait d’un seul défaut : il rendait la lecture des rouleaux impossible. Divers techniques furent expérimentées, détaillées par Daniel Delattre dans son édition de Philodème de Gadara (t. I, p. LVI-LXXVII). L’érudit éditeur, en 2007 ap. J.-C., n’était pas très optimiste quant aux possibilités de pouvoir, un jour, accéder au contenu des rouleaux.

Or, il y a du nouveau. La méthode inventée par le Père Piaggio au XVIIIe siècle, qui permettait d’ouvrir millimètre par millimètre les rouleaux sans les détruire (compter trois mètres par an en moyenne), est désormais caduque. Une technique non invasive d’imagerie par rayons X à contraste de phase, utilisée au synchrotron européen de Grenoble, permet une lecture virtuelle des rouleaux. Deux d’entre eux ont déjà été imagés, pour un travail de cinq heures par rouleau. Grand est désormais l’espoir de découvrir des textes inédits de l’école d’Épicure, dont Philodème était le disciple.

 

C’est pourquoi Gratianopolis (aujourd’hui Grenoble), avec ses pizzerias, son synchrotron, sans oublier Pierre Gassendi qui y écrivit en 1624 une somme contre les aristotéliciens, est en passe de devenir la capitale mondiale de l’épicurisme. Quant à la Villa des papyri d’Herculanum, on peut en admirer une réplique à Los Angeles, construite aux dépens du milliardaire J. Paul Getty. Elle abrite un musée doté d’un budget annuel de cent millions de sesterces étasuniens (en abrégé : $). Ne lui manque tout au plus qu’une bonne couche de fange vésuvienne pour être tout-à-fait conforme à l’original.   

 

 

 

Bibliographie

PHILODEME de GADARA, Sur la musique ; éd. et tr. Daniel Delattre, « Collection des Universités de France », Les Belles Lettres, Paris, 2007.

SOBOCINSKI (Aurélie), « Des papyrus antiques carbonisés déchiffrés à la lumière des rayons X », Le Monde, 22 janvier 2015, p. 8.

http://www.nature.com/news/x-rays-reveal-words-in-vesuvius-baked-scrolls-1.16763

http://www.getty.edu/visit/villa/architecture.html

 

 


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