Qui bene amat bene castigat  

Pauline  Lejeune enseigne le latin et le grec dans un lycée de la banlieue parisienne. C’est son choix. Partagez le quotidien d’un cours pas tout à fait comme les autres.

 

À l’heure où remplir des bulletins scolaires signifie cocher des cases aussi sexy que : compétences acquises, non acquises, en cours d’acquisition, bien acquises, mal acquises, peut-être acquises (qui sait ?), sur le point d’être acquises, bientôt acquises mais pas tout à fait acquises, sur le point de ne plus avoir été acquises, etc., il est grand temps de faire le point sur la question de la notation.  Si elle se pose aujourd’hui cruellement pour tout enseignant un tantinet inquiet sur son avenir, elle devient un véritable nœud gordien quand on a la chance, que dis-je, l’immense privilège, d’enseigner une matière optionnelle et donc soumise à la vox discipuli.

Au sujet des notes, deux écoles s’affrontent qui auraient fait passer les débats entre les Stoïciens et les Épicuriens pour une querelle de bac à sable : d’un côté, on trouve les optimates de la moyenne, pour qui l’apprentissage de la grammaire gréco-latine est synonyme d’un véritable cursus honorum dans lequel chaque point est âprement gagné à la sueur du Gaffiot ou du Bailly. Vous y gagnez généralement de bons latinistes et hellénistes, il faut bien le reconnaître, mais à quel prix ? Sans compter la réputation de Gorgone qui s’attachera désormais à chacun de vos pas, imaginez surtout le vent glacial qui, tel Borée, soufflera dans chacun de vos cours ; et là, je ne parle pas de l’atmosphère mais simplement du vide entre les deux pauvres hères dont les parents n’auront jamais voulu signer la démission.

De l’autre côté, on trouve les populares des points-fautes, prêts à les brader jusqu’à faire obtenir un minimum de 10 sur 20 à chacun de leurs élèves et à récompenser d’une colonne honorifique ou d’une couronne de lauriers leur seule relative assiduité. Dans ce cas, l’avantage de la tranquillité administrative sera légèrement terni par l’image démagogique qui vous collera aux fesses (élargies) et fera passer le Clisthène d’Aristophane pour un politicien droit dans ses cothurnes.

Alors que faire ? À défaut d’une solution miracle, chacun choisira son camp après une véritable introspection in utramque partem ; mais n’oublions pas qu’il est toujours possible de faire précéder le (faible) total chiffré mentionné sur la copie ou le bulletin, de la mention : « qui bene amat, bene castigat ».


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