Warwick à Rome

Il est 9h05 sous un soleil déjà resplendissant, aux abords de la Via Gramsci. Le tram 19 s’arrête brièvement devant le musée d’art moderne de Rome, arrêt peu fréquenté des touristes mais connu de nombreux étudiants et professeurs de la ville, car il dessert aussi la British School at Rome (BSR). Au prix d’une brève ascension à l’ombre du musée, le visiteur ébahi découvre, derrière l’entrée monumentale du bâtiment, un hall superbe et un patio enchanteur ; s’il vient écouter une conférence ou un colloque, néanmoins, c’est par la petite porte en contrebas qu’il accèdera à l’amphithéâtre dernier cri et fraîchement repeint.

Les lieux, l’accueil, la bibliothèque, tout respire le calme et le professionalisme, et même l’autorité ; pourtant, visiteurs, employés et pensionnaires partagent le même sourire épanoui et détendu, car l’atmosphère n’est pas guindée. Loin des hiérarchies artificielles entretenues ici et là, la British School accueille tous ses visiteurs, occasionnels ou au long cours, autour de la même table dans son réfectoire. Le directeur partage volontiers le dîner des étudiants. Ce matin là, assis sur de petits bancs dans le patio, ou rêvant à on ne sait quoi en promenade autour des vastes corridors et salles de réception, les étudiants comme les participants du colloque du jour semblent gagnés par la noblesse des lieux et la sérénité du ciel.

C’est donc à la BSR, un vendredi radieux de fin septembre que se tient notre petit workshop sur la transmission et l’interprétation du traité des Simples de Galien. Le sujet attire du monde: aux participants du Royaume Uni, d’Italie, d’Allemagne et de France se mêlent divers étudiants et post-docs en quête de nouvelles pistes de recherche, ou simplement curieux. Enfin des collègues de Rome et de Naples sont venus animer les débats, écouter les orateurs, ou encore présenter leurs dernières publications – parmi celles-ci, la nouvelle édition du Glossaire d’Hippocrate de Galien, par Lorenzo Perilli.

Au milieu de toute cette beauté, de part et d’autre d’un lunch à l’anglaise préparé par un chef italien, mes co-organisateurs et moi-même en oublierions presque de poser des questions : la journée s’écoule comme de l’eau sous un pont romain, en toute quiétude. Sur le mur qui sert d’écran au projecteur, images de manuscrits grecs et phrases en syriaque se succèdent pour mieux fouiller les origines du texte de Galien tel que nous le connaissons. Plus tard, longtemps après les conclusions de Vivian Nutton et le retour au patio pour un verre de prosecco, le dîner s’éternise autour de la grappa dans la nuit tiède de ce quartier étranger à toute forme d’agitation. Alors que nous regagnons tous nos universités du Nord, seule la préparation des Actes viendra nous rappeler que cette parenthèse savante n’était pas un rêve !


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