Warwick en Amérique

Rien de tel pour ruiner vos vacances de Pâques (elles sont pourtant longues, à Warwick) qu’un chapelet de colloques et de conférences. Cette année, elles sont sacrifiées sur l’autel du prestige:  direction Michigan, McGill et Johns Hopkins. Une chance inouïe, autant d’opportunités de rencontrer des collègues (et parfois des amis) aussi inaccessibles que les fruits des plus hautes branches… Parfois, ce sont même des collègues d’universités européennes. Chacun tend à rester à l’abri de “sa” bibliothèque (la mienne, ou plutôt les miennes, sont à Londres). Aller à Cambridge? Glasgow? Pas le temps. Rien de tel donc qu’un petit colloque sur la médecine à Ann Arbor pour rencontrer l’extraordinaire Sachiko Kusukawa (Cambridge), ou une rencontre sur les fantômes de l’antiquité (oui) pour découvrir l’érudition excentrique d’un Ed Richardson (Durham).

Des colloques en Amérique, ce sont aussi (presque) toujours des expériences inoubliables de voyage. Une fois, c’était Malibu: de merveilleuses vacances s’ensuivirent! Une autre fois, un congrès à San Antonio, marqué par une atroce traversée de l’Atlantique sous des vents mauvais, et des douaniers hostiles. Cette année, Je suis servie pour les tempêtes: mon avion n’atterrit à Detroit qu’à la troisième tentative, un autre avion rate son décollage et manque décimer l’équipe de basket d’Ann Arbor. Plus tard j’arrive à Montréal en plein blizzard. À Ann Arbor, j’aurai vu tous les climats en quatre jours; mais j’aurai aussi assisté à un colloque à 90% féminin, phénomène vraiment remarquable, et (ceci expliquant cela?) particulièrement sympathique. Pilotée par des transfuges de Warwick, je visite Detroit et dévore les cuisines du monde à Ann Arbor, “petite” cité animée, dont l’université, assortiment étonnant de bâtiments néo-gothiques et néo-classiques, occupe le centre. À Montréal, dont les habitants sont endurcis aux rigueurs de l’hiver, le chaos engendré par le blizzard est pourtant tel que l’université McGill se voit contrainte d’annuler tous les cours et tous les événements du jour (dont ma conférence!): me voilà, de nouveau, entre les mains de mes hôtes pour rencontres, souper réconfortant, et achat de snow boots… c’est donc grâce à l’hospitalité québécoise, et à l’annulation (providentielle?) de mon papier, que je réussis, à travers des trottoirs encombrés de neige jusqu’à la ceinture, à atteindre le musée où se déroule l’exposition Chagall et la musique.

Quelques semaines plus tard, direction Baltimore, Maryland. Ici, tout n’est que fleurs, gazons verdoyants et oiseaux qui chantent sur l'idyllique campus de Johns Hopkins. Le charme des lieux contraste vivement avec les quartiers déshérités de cette ville mal-aimée. Les rencontres scientifiques sont étonnantes: colloque surnaturel concocté par Shane Butler, séminaires aux publics divers (étudiants, historiens, littéraires, linguistes, conservateurs des bibliothèques), conversations autour de cappuccinos, de crab cakes ou de bagels everything. Dénominateur commun de tous les acteurs: engagement intellectuel et passion de la discussion. Galien comme Symphorien Champier suscitent questions et commentaires, souvent intéressants. Je prends des notes. Les étudiants, ici comme à Ann Arbor, participent activement aux événements académiques. Un colloque ou une exposition sont des outils pédagogiques, pas seulement l’occasion de réunions entre savants, encore moins le lieu d’un entre-soi. Je note, je note.

Je ne retrouverai pas Warwick fraîche et reposée après mon double voyage aux Amériques. Mais je rentre certainement avec une perspective neuve.


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