Warwick en stand-by ou l’été londonien : épisode 1

Malgré quelques voyages nécessaires dans les Midlands, et l’urgence continuelle de la recherche, l’été est propice à des divertissements « classiques » tangentiels. Comme tout est bien fait à Londres, les bibliothèques où s’enferme le classicist modèle pour de longues heures quotidiennes sont situées à proximité des musées. Des fenêtres de la bibliothèque de l’Institute of Classical Studies, au troisième étage de Senate House, on aperçoit Montague Place, la façade et l’entrée nord du British Museum ; le café de Senate House, à l’arrière du bloc sud, a depuis quelques années installé une terrasse donnant sur cette même entrée. De hauts arbres abritent cette rue tranquille ; Russell Square tout proche est une promesse supplémentaire de relaxation, avec ses pelouses, son café et ses arbres géants. C’est ici, sur Montague Place, que se garent les cars de touristes et, malgré une barrière de frais blocs de béton sans doute destinés à augmenter la sécurité du bâtiment, la petite porte encadrée de lions de pierre majestueux est une invitation permanente à la distraction. Les lecteurs des diverses bibliothèques de Senate House (il y en a bien cinq) le savent bien : leur regard est continuellement attiré par la porte du musée alors qu’ils tortillent machinalement le sachet de thé dans leur gobelet en carton. Le musée est, comme chacun sait, gratuit pour tous ; les expositions le sont également pour les members, un statut accessible moyennant une cotisation annuelle, qui donne également accès à un paisible café (un de plus !) interdit au commun des mortels, niché au-dessus de la nouvelle salle d’exposition. Entre deux vagues de lectures savantes ou de rédaction frénétique donc, plus d’un savant, jeune ou vieux, stakhanoviste ou non, peut aller se délasser à moindres frais et en toute discrétion au milieu des statues égyptiennes ou dans quelque recoin plus spécialisé : pourquoi pas dans une salle de numismatique (calme garanti) ou près du trésor de Sutton Hoe ? Qui peut se lasser de telles collections, qui surtout peut résister à la simplicité d’accès à celles-ci ? Allons, pourquoi résister ? Rien qu’une petite heure. Allez. Regardez à droite (la rue est à sens unique) ; trois pas et vous y êtes. Là !

Une fois dans le sombre hall nord, tout reste de culpabilité disparaît ; une sensation qui s’accroît à chaque pas le long du chemin tortueux qui mène à la cour centrale ou Great Court. L’article en souffrance qui taraudait votre esprit et vos yeux fatigués s’estompe tandis que vous croisez les visages émerveillés des visiteurs du monde entier. Ouf ! le soleil ruisselle sur la verrière. Le musée bruit de mille pas et de mille conversations, du froissement des plans de musée maintes fois pliés et dépliés. Cet été, parmi les expositions dignes d’intérêt pour l’antiquisant en maraude, Sicily : Culture and Conquest et Sunken Cities. Comment choisir ? Sicile ou Égypte ? La Sicile disparaîtra de l’affiche avant les cités englouties ; va pour la Sicile. Je me dirige vers le grand escalier central : c’est dans la salle qui surplombe l’ancienne British Library (celle du roman de David Lodge, La Chute du British Museum) que se trouve l’expo sur l’île magique. À suivre…


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