The Wolf Among Us

Plate-forme : Windows / Mac / PS4 / PS3 / Xbox360 / XboxOne / iOS / Android / PSVita

Sortie entre 2013 / 2014

 

Jeu à épisodes inspiré du comics Fables où le monde des contes et le nôtre ont fusionné, The Wolf Among Us recèle, de fait, de nombreux personnages originaires des histoires de notre enfance. Mais en version plus… sombre. Du Grand Méchant Loup devenu détective à Blanche Neige travaillant pour la police, il est parfois déconcertant de retrouver ceux qui ont bercé nos veillées dans une atmosphère aussi réaliste. Il y a cependant quelques personnages du jeu (que je ne spoilerai pas par respect de tout ce qui est beau et pur en ce bas monde) que certains d’entre nous auront du mal à reconnaître.

Précisons seulement que The Wolf Among Us est sorti sur PS3 / PS4 / Xbox360 / XboxOne Steam en 2013 / 2014. Le joueur y incarne Bigby, inspecteur à Fabletown, le quartier de New-York dans lequel les personnages de contes ont trouvé refuge après un exode forcé. Là, ils vivent dans le secret, dissimulant leurs apparences avec la magie afin d’éviter d’éventuels problèmes avec leurs voisins. Seulement voilà, une sordide histoire de meurtre fait surface et menace la fragile cohésion de cette communauté. En fonction des choix du joueur (comme c’est le cas dans les productions TellTales), l’affaire prendra différentes tournures, débouchant sur la résolution de l’affaire ou non.

Bigby, le personnage principal

 

Dans le 4ème épisode, Bigby se retrouve dans une bagarre de bar face à un certain Jersey Devil. Tête squelettique, bois de cerfs, corps rachitique et ailes démoniaques, il a pour ainsi dire une apparence relativement macabre. En effet, difficile de le voir aux côtés des trois petits cochons ou de La Belle au Bois Dormant.

Bigby contre le Jersey Devil dans The Wolf Among Us

 

Voulant s’inspirer d’une large sélection de folklores, les auteurs de Fables sont donc allés chercher dans les légendes des États-Unis. Hé oui, malgré son jeune âge comparé au continent européen ou asiatique, l’Amérique du Nord (outre la culture amérindienne) possède ses propres légendes. Bien que souvent méconnues ou méprisées, elles n’en restent pas moins intéressantes et ne sont pas toutes des adaptations de légendes déjà existantes. Non, la culture américaine ne se limite pas à Hollywood.

Portrait-robot du Jersey Devil dans le Philadelphia Bulletin de janvier 1909

 

Parmi elles se trouve notamment celle du Jersey Devil. Décrit généralement comme une sorte de kangourou à tête de bouc, possédant des sabots et des ailes de chauve-souris, il trouve son origine en 1735 lorsqu’une colon du New Jersey, déjà mère de 12 enfants, accoucha d’un 13ème lors d’une nuit d’orage. L’époque étant propice aux croyances démesurées, elle était soupçonnée de sorcellerie et son mari d’être le Diable même. 1735 et les Américains avaient déjà un talent pour instaurer une ambiance. En grandissant, l’enfant devint de plus en plus difforme et finit par tuer ses parents avant d’utiliser ses ailes de chauve-souris pour s’envoler par la cheminée et se perdre dans la forêt de pins voisine. Par la suite, un prêtre aurait réalisé un exorcisme sur 100 ans afin que la bête n’approche plus les environs. Précision étonnante puisque 150 ans plus tard, plusieurs témoignages de son apparition furent rapportés. C’est en 1909 que le mythe trouve son apogée puisqu’une prime de 10 000 $ sera attribuée à quiconque trouvera n’importe quel indice confirmant son existence.

Bien que de nos jours peu de mythes de cette trempe subsistent, ne serait-ce que par l’avènement de la science, il est fascinant d’étudier un folklore peu connu comme celui des États-Unis et qui a pour point commun avec les plus anciens de vouloir expliquer l’inexplicable dans une période d’incertitudes comme celle de la naissance d’un pays. Certaines pistes affirment qu’il s’agissait avant tout, à l’époque, d’une campagne visant à discréditer un politicien local du nom de Daniel Leeds, apparenté à Deborah Leeds, la fameuse mère aux 13 enfants. Ainsi, toute sa famille serait devenue adepte de Satan et aurait engendré un monstre pour permettre à un autre politicien d’occuper l’espace public. Donald Trump n’a vraiment rien inventé.

Coupure de presse du 20 janvier 1909

 

Mais le fait que cette légende ait continué par la suite, se nourrissant des croyances paysannes et de la peur investie d’une dimension religieuse, montre que ce mythe repose sur des fondements bien plus profonds. En effet, il ne faut pas oublier que les premiers colons, surtout lorsqu’ils s’installaient dans des endroits reculés et donc loin de toute civilisation, étaient empreints d’une culture d’origine (puisqu’ils venaient de pays différents) et particulièrement croyantes. Mélangez cela avec la découverte d’un nouveau continent où n’importe quelle bête des enfers pourrait vivre en liberté et la naissance du Jersey Devil est toute naturelle. Certains mythes communs aux pays européens comme celui du Bogeyman, utilisé comme menace pour que les enfants restent sages sous peine d’abduction, sont des preuves que peu importe le lieu ou l’époque, la peur inspire les êtres humains. D’autant plus lorsqu’il s’agit de bâtir un pays nouveau, avec de nombreuses cultures installées et voulant s’en détacher. Si la culture est la base d’une civilisation, alors le Jersey Devil est l’une des tentatives d’émancipation culturelle du jeune peuple américain qu’il ne faut pas négliger.

Sans oublier qu’il s’agit aussi d’un personnage au physique vraiment démoniaque, pain béni pour les productions culturelles contemporaines. Et pourtant, il y en a encore qui massacrent d’anciens mythes parfaits pour les rendre plus cools. Non, mettre des ailes à des Nike, ce n’est pas rendre Hermès cool, Percy Jackson. C’est juste faire de lui un panneau publicitaire ambulant.

 

 

 

 

 


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