Anthologie – Sport et athlétisme dans l'Antiquité

 

Homère, Iliade, XIII, 740-783, texte établi et traduit par P. Mazon, avec la collaboration de P. Chantraine, P. Collart et R. Langumier, CUF, (1938) 2014

 

Sans tarder, le Péléide dépose d’autres prix pour la vitesse. D’abord un cratère en argent façonné. Il contient six mesures ; mais c’est par sa beauté surtout qu’il l’emporte, et de beaucoup, sur tous les autres au monde. D’adroits ciseleurs de Sidon l’ont artistement ouvré ; des Phéniciens l’ont ensuite emporté sur la mer brumeuse, exposé dans des ports, puis offert en présent à Thoas ; enfin pour racheter Lycaon le Priamide, Eunée, fils d’Iéson, la donné au héros Patrocle. Achille maintenant le dépose comme prix, en l’honneur de son compagnon. Il ira à celui dont les pieds rapides se montreront les plus légers. Pour le second, il met comme prix un bœuf énorme et lourd de graisse. Pour le dernier enfin, un demi-talent d’or. Puis, debout, il s’adresse aux Argiens en ces termes :

« Sus donc ! ceux qui veulent tenter cette épreuve. »

Il dit, et aussitôt se lève Ajax, le rapide fils d’Oïlée, et l’industrieux Ulysse, et le fils de Nestor, Antiloque, qui, à la course, de son côté, l’emporte sur tous les jeunes gens. Ils se mettent en ligne : Achille leur indique le but. La borne une fois franchie, leur allure se précipite. Le fils d’Oïlée rapide file au but. Derrière lui, bondit le divin Ulysse. Il est aussi près de lui que la navette est près du sein d’une captive à la belle ceinture, quand, pour passer le fil tout au long de la chaîne, elle la tire à elle fortement et l’amène jusqu’à son sein. Ainsi court Ulysse, tout contre Ajax, et ses pieds viennent, par-derrière, frapper juste les traces de l’autre, avant que la poussière ait pu les recouvrir. C’est sur la tête d’Ajax que le divin Ulysse répand son haleine, courant toujours à vive allure, et tous les Achéens, secondant de leurs cris son désir de victoire, encouragent sa hâte. Ils en sont au dernier stade de la course, quand soudain Ulysse en son cœur prie Athéné aux yeux pers :

« Entends-moi, déesse, et viens, en ta clémence, prêter aide à mes pieds ! »

Il dit : Pallas Athéné entend sa prière. Elle assouplit ses membres, ses jambes d’abord, puis – en remontant – ses bras. Et, au moment même où ils vont sauter sur le prix, Ajax en courant glisse – Athéné l’a fait trébucher – juste à l’endroit où s’étale la bouse des bœufs mugissants, victimes abattues en l’honneur de Patrocle par Achille aux pieds rapides. Sa bouche et ses narines s’emplissent de bouse, tandis que le divin et endurant Ulysse enlève le cratère : il est arrivé le premier ! L’illustre Ajax prend le bœuf. Il est là, tenant dans ses mains la corne du bœuf agreste et, crachat la bouse, il dit aux Argiens :

« Ah ! comme elle a su faire trébucher mes pieds, la déesse qui, de tout temps, est là, comme une mère, à côté d’Ulysse, pour lui prêter secours ! »

Il dit ; tous, à l’entendre, ont un rire content.

 

 

 

 

 

 

Pindare, Olympiques, XIII, 2, texte établi et traduit par A. Puech, CUF, (1930) 2014

 

Dieu Suprême, qui sur Olympie étends ta puissance, sois propice à mes chants, toujours, ô Père ! Préserve sans atteinte la prospérité de ce peuple, et que, grâce à toi, un vent favorable conduise le destin de Xénophon ! Préside à la pompe solennelle que, pour fêter ses couronnes, il t’amène de Pise, vainqueur à la fois au pentathle et à la course du stade ; il a vu lui échoir ce que nul des mortels qui l’ont précédé n’a jamais obtenu.

Deux fois aussi, la guirlande d’ache a paré sa tête, quand il parut aux jeux Isthmiques. Némée ne lui a pas réservé un moins bon accueil et, sur les bords de l’Alphée, son père Thessalos a fait consacrer l’éclair de ses jambes agiles. A Pytho, le même soleil lui a apporté la couronne du stade et celle du diaule, et, dans le même mois, le jour aux pieds rapides, dans Athènes la rocheuse, posa sur sa chevelure trois couronnes magnifiques.

Sept fois il a vaincu aux Hellôties ; si, aux fêtes de Poséidon aussi, près des rivages de l’Isthme, je voulais poursuivre, avec ceux de son grand-père Ptoidôre, les exploits de Terpsias et ceux d’Éritimos, mes chants s’allongeraient de trop. Quand à vos triomphes à Delphes, ou dans la prairie du lion, je défie plusieurs familles réunies d’en montrer autant ; je ne suis pas capable de dénombrer exactement les cailloux de la mer.

 

 

 

 

 

 

 

Sophocle, Électre, 681-695, texte établi par A. Dain et traduit par P. Mazon, CUF, (1958) 2009

 

LE PRÉCEPTEUR : […] Oreste était venu au célèbre concours, orgueil de la Grèce, pour conquérir les couronnes delphiques. À peine a-t-il entendu l’appel sonore du héraut annonçant la course à pied, la première des épreuves, qu’il entre dans la lice, splendide et provoquant l’admiration de tous. Il achève la course avec un succès qui s’accorde à sa prestance, et il sort de la lice ayant acquis l’honneur d’une pleine victoire. Mais je ne sais vraiment comment je te pourrais rapporter seulement quelques-uns entre tant d’autres exploits, des triomphes de ce héros. Qu’il te suffise de savoir que de toutes les épreuves que les juges firent proclamer, ce fut lui toujours qui emporta le prix et qui vit acclamer sa chance, au moment où l’on déclarait que le vainqueur était un Argien, qu’il portait le nom d’Oreste et qu’il était le fils de cet Agamemnon qui avait rassemblé jadis la plus fameuse des armées de la Grèce.

 

 

 

 

 

 

 

 

Pausanias, Description de la Grèce, V, 16, texte établi par M. Casevitz, traduit par J. Pouilloux et commenté par A. Jacquemin, CUF (1999), 2002

 

Il nous reste maintenant à décrire le temple d’Héra et tout ce qu’il renferme de remarquable. Les Eléens disent que ce temple a été fondé par les Scillontiens de l’une des villes de la Triphylie, huit ans tout au plus après l’avènement d’Oxylos au trône de l’Elide. Ce temple est d’architecture dorique, il est entouré de colonnes, et celles de l’Opisthodome sont alternativement de bois de chêne et de marbre. Il a à peu de chose près soixante-trois pieds de long. On ne se souvient pas du nom de l’architecte qui l’a bâti.

Seize femmes choisies à cet effet, font tous les cinq ans un voile pour Héra ; elles sont aussi chargées de faire célébrer les jeux nommés Héraea. Ces jeux sont des courses de jeunes filles qui n’ont pas toutes du même âge : les plus jeunes courent les premières; on fait ensuite courir celles qui sont plus avancées en âge, et enfin les plus âgées. Elles ont, en courant, les cheveux épars, la robe retroussée un peu au-dessus du genou, et l’épaule droite nue jusqu’au sein. Le stade olympique est aussi destiné à ces courses; mais, on le raccourcit environ de la sixième partie. On donne à celles qui ont remporté la victoire une couronne d’olivier et une portion de la vache qu’on sacrifie à Héra ; on leur permet en outre de se faire peindre et de placer leurs portraits dans le temple.

Les seize femmes qui président à ces jeux ont un pareil nombre de suivantes destinées à les servir. On fait remonter ces courses à la plus haute antiquité : on dit en effet qu’Hippodamie voulant rendre grâces à Héra de son mariage avec Pélops, rassembla seize femmes, et célébra la première fois les jeux Héréens avec elles... 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ésope, Fables, 51, "Le Vantard", texte établi et traduit par E. Chambry, CUF, (1927) 2002

 

Un athlète du pentathle, à qui ses concitoyens reprochaient en toute occasion son manque de vigueur, s’en fut un jour à l’étranger. Au bout d’un certain temps il revint, et il allait se vantant d’avoir accompli mainte prouesse en différents pays, mais surtout d’avoir fait à Rhodes un saut tel qu’aucun athlète couronné aux jeux olympiques n’était capable d’en faire un pareil ; et il ajoutait qu’il produirait comme témoin de son exploit ceux qui s’étaient trouvés là, s’ils venaient jamais en son pays. Alors un des assistants prenant la parole lui dit : « Mais, mon ami, si c’est vrai, tu n’as pas besoin de témoins ; voici Rhodes ici même : fais le saut. »

Cette fable montre que lorsqu’on peut prouver une chose par des faits, tout ce qu’on peut dire est superflu.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Saint Basile, Aux jeunes gens, VIII, texte établi et traduit par F. Boulenger, CUF, (1935) 2002

 

Mais non, c’est comme dans les luttes gymniques, ou, si vous voulez, dans celles de la
musique : on s’exerce aux combats mêmes où l’on sera couronné et pas un des athlètes qui pratiquent la lutte ou le pancrace, ne s’en va ensuite travailler la cithare ou la flûte. Aussi n’est-ce pas ce que faisait du moins Polydamas ; au contraire, avant le combat, aux jeux Olympiques, il arrêtait les chars dans leur course, et par ces exercices, il fortifiait sa vigueur.
Et c’est ainsi que Milon ne se laissait pas pousser hors du bouclier frotté d’huile et résistait à la poussée, tout aussi bien que les statues soudées au plomb. En un mot ces exercices leur servaient de préparation à la lutte. S’ils avaient, par attrait pour les airs de Marsyas ou pour ceux d’Olympos de Phrygie, abandonné la poussière des gymnases, eussent-ils tôt fait de remporter des couronnes de gloire ou d’épargner la dérision à leurs corps ?

Et de même pour Timothéos : il se garda bien d’abandonner la mélodie pour passer son temps dans les palestres ; sans cela il n’aurait pas acquis une telle supériorité sur tous dans la musique ; il était en effet si pleinement maître de son art, qu’il pouvait exalter le cœur par la rudesse et l’austérité de ses accords, et aussi le détendre et l’apaiser au contraire par leur douceur, à son gré ; oui, grâce à cet art aussi, un jour que devant Alexandre il jouait de la flûte sur le mode Phrygien, il le fit se lever et courir aux armes, dit-on, au cours du dîner et le ramena au contraire vers les convives par ses accords apaisés. Telle est la force que, aussi bien en musique que dans les luttes gymniques, on trouve, pour entrer en possession du but, dans l’exercice.

Puisque j'ai fait mention de couronnes et d'athlètes, voilà des gens qui ont enduré mille et mille fatigues, accru par tous les moyens leur vigueur, beaucoup sué dans les travaux du gymnase, reçu bien des coups chez le pédotribe, le régime qu'ils adoptent n'est pas le plus agréable, mais celui qu'imposent les gymnastes, et enfin, pour ne pas m'attarder en paroles, ils mènent une existence telle que leur vie précédant la lutte n'est qu'une préparation à la lutte, et c'est alors qu'ils se dépouillent en vue du stade, qu'ils affrontent tout, fatigues et dangers, pour recevoir une couronne d'olivier ou d'ache, ou d'un autre feuillage de ce genre et pour s'entendre proclamer vainqueurs par la voix du héraut. 

 

 


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