Anthologie caniculaire - Pline et Hygin

 

Pline, Histoire Naturelle II, 107

 

Qui donc ne sait que le lever de la Canicule attise la radiation du soleil ? C’est la constellation qui fait sentir sur terre les effets les plus puissants : à son lever, les mers se soulèvenet, le vin bouillonne dans les caves, les marais s’agitent. Les Égyptiens donnent le nom d’oryx à un animal qui, selon eux, se tient face à cette constellation quand elle se lève et la contemple comme s’il l’adorait, après avoir éternué. Du moins est-il hors de doute que les chiens sont beaucoup plus exposés à la rage pendant toute cette période.

 

 

II, 123

 

Le lever des Pléiades dans le 25e degré du Taureau, le 6e jour avant les ides de mai, apporte l’été : c’est la période de l’auster, son opposé est le septentrion ; au moment le plus brûlant de l’été se lève la Canicule, lorsque le soleil entre dans le 1er degré du Lion, c’est-à-dire le 15e jour avant les Calendes d’août.

 

 

 

 

 

 

Hygin, Fables, 130. Icarius et Érigonè

 

Lorsque Liber Pater alla chez les hommes, afin de leur enseigner la douceur et l’agrément de ses fruits, il vint goûter la généreuse hospitalité d’Icarius et Érigonè ; il leur fit cadeau d’une outre pleine de vin et leur ordona de le faire connaître au reste du monde. Icarius, après en avoir chargé un chariot, alla voir, en compagnie de sa fille Érigonè et de son chien Maéra, des bergers d’Attique à qui il présenta ce type de plaisir ; ayant bu immodéremment, les bergers tombèrent ivres, et, pensant qu’Icarius leur avait donné un poison, ils le tuèrent à coups de bâton. Par ses hurlements devant le cadavre d’Icarius, le chien Maéra montra à Érigonè où son père gisait, sans sépulture ; arrivée là, elle se pendit à un arbre, au-dessus du corps de son père. Irrité de cela, Liber Pater infligea aux filles des Athéniens une peine identique. Ceux-ci allèrent interroger l’oracle d’Apollon à ce sujet, et il leur fut répondu qu’ils ne s’étaient pas souciés de la mort d’Icarius et d’Érigonè ; sur cette réponse, ils mirent les bergers au supplice et décidèrent d’instituer, en mémoire de ce fléau, la fête de l’oscillatio d’Érigonè et, lors des vendanges, de consacrer les prémices de la récolte à Icarius et à Érigonè. Ceux-ci, de par la volonté des dieux, furent placés au nombre des astres. Érigonè devint la constellation de la Vierge, que nous nous appelons la Justice, Icarius reçut, parmi les étoiles, le nom d’Arcturus, et le chien Maéra, celui de Canicule.

 

 

 

 

 

Hygin, L’astronomie, II, 4, 3-6

 

Selon d’autres, Icaros, après avoir reçu le vin du vénérable Liber, s’empressa de charger des outres pleines dans un chariot. Voilà pourquoi il est aussi appelé Bouvier. Traversant l’Attique, il révélait le vin aux bergers ; quelques-uns d’entre-eux, pleins d’avidité, sous l’effet de cette boisson d’un nouveau genre, sont pris d’un profond sommeil, se laissant tomber chacun dans son coin. Ivres-morts, gesticulants, ils tenaient des propos inconvenants ; les autres s’imaginèrent qu’Icaros avait donné du poison aux bergers pour emmener leurs troupeaux dans son pays. Ils tuèrent Icaros et le jetèrent dans un puits. Mais selon d’autres récits, ils l’enterrèrent au pied d’un arbre. Quant à ceux qui s’étaient endormis, ils reconnurent, à leur réveil, que leur repos n’étaient jamais meilleur et réclamèrent Icaros pour le récompenser de son bienfait ; ses assassins, que les remords de leur conscience troublaient, s’empressèrent de prendre la fuite et parvinrent à l’île de Céos ; ils y reçurent l’hospitalité et y élurent domicile.

 

Mais Érigone, fille d’Icaros, bouleversée par l’absence de son père, qu’elle ne voyait pas revenir, se mit à sa recherche ; la chienne d’Icaros, nommée Maera, hurlant en sorte qu’elle semblait pleurer la mort de son maître, revint auprès d’Érigone. Celle-ci y vit un indice non négligeable de la mort qui hantait son esprit. Car la jeune fille apeurée ne devait conjecturer que la mort de son père, absent depuis tant de jours et de mois. Quant à la chienne tenant entre ses dents un vêtement du père, elle la conduisit au cadavre. Aussitôt, à cette vue, sa fille désespérée, dans l’accablement de sa solitude et de sa pauvreté, versa d’abondantes larmes de pitié et se donna la mort en se pendant au même arbre qui marquait la sépulture de son père. Le chien apaisa par sa propre mort les mânes de la défunte. Selon certains, il se jeta dans un puits nommé Anigros. Aussi, par la suite, personne ne but-il d’eau tirée de ce puits, selon la tradition. Jupiter eut pitié de ces malheureux et représenta leurs corps parmi les astres. Donc beaucoup appelèrent Icaros le Bouvier, Érigone la Vierge, dont nous parlerons plus loin. Quant à la chienne, son nom et son apparence lui valurent d’être nommée Canicule. Comme elle se lève avant le Grand Chien, les Grecs l’appellèrent Procyon. Selon d’autres, c’est le vénèrable Liber qui les représenta parmi les constellations.

 

Entre temps, comme sur le territoire athénien beaucoup de jeunes filles se donnaient la mort en se pendant sans motif, parce qu’Érigone à sa mort avait supplié que les Athéniens périssent d’un trépas identique à celui qu’elle-même allait affronter, si ceux-ci n’enquêtaient pas sur la mort d’Icaros et ne le vengeaient pas, donc comme les événements se passaient ainsi que nous l’avons dit, ils consultèrent Apollon, qui leur répondit que s’ils voulaient échapper à leur sort, ils devaient apaiser Érigone. Puisqu’elle s’était pendue, ils décidèrent de se suspendre à des cordes en intercalant une planche et de se balancer comme un pendu agité par le vent. Ils instituèrent ce sacrifice chaque année. Ils le célèbrent en privé comme en public, et l’appellent Alétides, parce qu’Érigone à la recherche de son père avec son chien, inconnue et solitaire par nécessité, était appelée mendiante, ce que les Grecs nomment aletides.

 

En outre, la Canicule, à son lever ardent privait de récoltes le territoire et les champs des Céens, et en les frappant eux-mêmes de maladie, elle les contraignait à expier douloureusement la mort d’Icaros, parce qu’ils avaient accueilli des brigands. Leur roi, Aristée, fils d’Apollon et de Cyréné, père d’Actéon, demanda à son père comment agir pour délivrer du fléau son pays. Le dieu lui ordonna de réparer la mort d’Icaros à force de sacrifices et de demander à Jupiter qu’à l’époque du lever de la Canicule il fasse pendant quarante jours souffler un vent capable de tempérer les ardeurs de la Canicule.

 

 

 

 

 


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