Anthologie - Une déclaration d'amour

A l'occasion de la saint Valentin ce dimanche, voici ne déclaration d'amour sous la plume d'Aristénète, à retrouver dans le Signet Séduire comme un dieu de Laure de Chantal. Lamprias s’est jeté à l’eau et a osé déclarer sa flamme. Le cœur encore palpitant, il raconte à son ami.

DÉCLARER SA FLAMME

Lamprias à Philippidès.
Victime d’un amour inavoué, je me disais à moi-même dans mon embarras: « Personne ne sait de quel trait est frappé mon cœur, sinon toi qui l’as blessé à mort et ta mère qui t’a joliment instruite en la matière! Je ne peux en effet dire à personne la passion dont je souffre. Or, ceux qui en souffrent ne font qu’augmenter leur amour s’ils le cachent et le taisent. Quelle que soit la peine de cœur, en racontant son chagrin on allège le poids des soucis. Du même trait dont tu as frappé mon âme, puisses-tu, Éros, atteindre ma bien-aimée, ou plutôt moins cruellement, afin de ne pas détruire sa beauté par des souffrances. » On m’annonce tout de suite; j’entre dans la maison et je vais à sa rencontre. Ma bien-aimée engage la conversation; la grâce de sa personne, la suave odeur de ses parfums accompagnent ses paroles, et son regard pudique est bien fait pour ensorceler le véritable amant. Je vis le bout de ses mains et de ses pieds, brillants indices de la beauté, et je vis son visage, son beau visage. Je regardais un peu de sa poitrine qu’elle avait négligé de couvrir. Cependant je n’ai pas osé déclarer ouvertement ma passion; à grand-peine je pus balbutier du bout des lèvres: « C’est à toi, Éros, car tu en as le pouvoir, de la préparer à faire la première avance, à m’attirer vers elle, à me conduire jusqu’au lit. » À peine avais-je prononcé cette prière en m’adressant au très puissant Éros que celuici m’écouta bienveillamment et exauça mon souhait. Elle me prit la main et me caressa les doigts en tirant doucement sur les jointures, sourit doucement, son regard montrant un vif désir: tout à l’heure sérieux, il était devenu passionné. Transportée d’un délire amoureux, elle me saisit le cou, m’attira contre elle, me donna un baiser si fou que j’eus de la peine à dégager mes lèvres et elle m’écrasa la bouche. Lorsque ses lèvres s’entrouvrirent, une suave haleine, qui ne le cédait en rien aux parfums exotiques, se répandit dans mon âme. Pour le reste (tu sais ce dont il s’agit), tu te le représentes, mon cher, sans avoir besoin d’explication inutile. Je te dirai simplement ceci: nous avons rivalisé toute la nuit, jouant à qui des deux se montrerait le plus ardent, et pendants ces débats amoureux où nous échangions des compliments, des mots se perdaient à moitié sous l’effet du plaisir.

Aristénète, Lettres d’amour, I, 16


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