Anthologie guerrière - Ruses de guerre II

À la suite à la deuxième anthologie guerrière de la semaine dernière, voici deux nouveaux extraits du Signet Incognito qui présentent de bien jolies ruses de guerre. 

L’épisode suivant eut lieu en 54 avant J.-C. ; César y décrit le recours à un subterfuge pour l’emporter sur l’ennemi gaulois : il faut feindre la peur pour aveugler l’ennemi et l’inciter à l’attaque ; un piège est alors prévu.

BROUILLER LES PISTES AVEC CÉSAR

Ce jour-là il y eut de petits engagements de cavalerie près de l’eau, mais les deux armées restèrent sur leurs positions : les Gaulois attendaient des forces plus nombreuses, qui n’avaient pas encore rejoint, et César voulait livrer bataille en deçà du vallon, devant son camp, s’il réussissait, en simulant la peur, à attirer l’ennemi sur son terrain ; au cas où il n’y parviendrait pas, il désirait bien connaître les chemins pour pouvoir traverser le vallon et passer la rivière avec moins de danger. Au lever du jour, la cavalerie ennemie approche de notre position et engage le combat avec nos cavaliers. César ordonne à ceux-ci de céder volontairement et de rentrer dans le camp : en même temps, on exhaussera partout le rempart, on bouchera les portes, et on agira en tout cela avec une extrême précipitation, comme si l’on avait peur.

Attirés par toutes ces feintes, les ennemis traversent la vallée et se mettent en ligne avec le désavantage de la position ; mais nous ne nous contentons pas de cela, et nous évacuons le rempart ; alors ils approchent encore, lancent de toutes parts des traits à l’intérieur du retranchement, et font publier tout autour du camp par des hérauts que tout Gaulois ou Romain qui voudra passer de leur côté avant la troisième heure pourra le faire sans crainte ; après, il ne sera plus temps. Et tel fut le mépris que nous leur inspirâmes que, croyant ne pas pouvoir enfoncer nos portes, que nous avions barricadées, pour donner le change, d’un simple rang de mottes de gazon, ils entreprenaient de faire brèche à la main dans la palissade, tandis que d’autres comblaient les fossés. À ce moment, César fait une sortie par toutes les portes et lance sa cavalerie : les ennemis sont mis en déroute, et dans de telles conditions que pas un d’eux ne tint tête ; beaucoup sont tués, aucun ne garde ses armes.

Guerre des Gaules, V, 50-51.

 

 

La scytale, appelée aussi « bâton de Plutarque », est considérée comme le plus ancien dispositif de cryptographie militaire connu. Il aurait été inventé par les Spartiates et, selon Plutarque, était déjà couramment utilisé à l’époque de Lysandre, soit à la fin du ve siècle avant J.-C.

LE BATON DE PLUTARQUE

Voici en quoi consiste la scytale. Quand les éphores[1] envoient en expédition un navarque ou un stratège, ils font faire deux bâtons arrondis, qui possèdent exactement la même longueur et la même largeur, de sorte qu’ils soient taillés exactement de la même façon. Ils gardent l’un et remettent l’autre à celui qui part. Ils appellent ces bâtons des « scytales ».

Quand ils veulent envoyer un message important et secret, ils prennent une bande de papyrus, longue et étroite comme une lanière, et en entourent la scytale qu’ils ont gardée avec eux, sans laisser aucun espace vide, mais en enroulant le papyrus pour couvrir toute sa surface. Cela fait, ils écrivent ce qu’ils veulent sur le papyrus, tel qu’il est, enroulé autour de la scytale. Quand ils ont fini d’écrire, ils retirent la bande et l’envoient, sans le bâton, au stratège. Celui-ci, quand il la reçoit, ne peut d’abord rien lire, parce que les lettres du message ne se suivent pas et sont séparées les unes des autres ; mais prenant alors sa propre scytale, il enroule autour d’elle la bande de papyrus de sorte que, la bande de papyrus ayant retrouvé son enroulement initial et les lettres leur ordre, il retrouve la cohérence du message en le lisant tout autour du bâton. La bande de papyrus s’appelle « scytale » tout comme le bâton, de même que l’unité de mesure et l’objet qui est mesuré portent le même nom.

Vie de Lysandre, XIX

 

 

[1] Les éphores étaient à Sparte, à partir du ve siècle, les cinq magistrats qui gouvernaient la ville et avaient un pouvoir quasi-absolu.


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