Anthologie - Les lotophages

Le lôtos, identifié ici avec le fruit du palmier dattier, est si bon qu’il provoque une addiction pour ceux qui le consomment. Ulysse parvient à sauver ses marins de la tentation de l’oubli. Extrait du Signet Flora

Alors, neuf jours durant, les vents de mort m’emportent sur la mer aux poissons. Le dixième nous met aux bords des Lotophages, chez ce peuple qui n’a, pour tout mets, qu’une fleur. On arrive ; on débarque ; on va puiser de l’eau, et l’on prépare en hâte le repas que l’on prend sous le flanc des croiseurs. Quand on a satisfait la soif et l’appétit, j’envoie trois de mes gens reconnaître les lieux, à quels mangeurs de pain appartient cette terre – deux hommes de mon choix, auxquels j’avais adjoint un troisième en héraut. Mais, à peine en chemin, mes envoyés se lient avec des Lotophages qui, loin de méditer le meurtre de nos gens, leur servent du lôtos2. Or, sitôt que l’un d’eux goûte à ces fruits de miel, il ne veut plus rentrer ni donner de nouvelles : tous voudraient se fixer chez ces mangeurs de dattes, et, gorgés de ces fruits, remettre à jamais la date du retour… Je dus les ramener de force, tout en pleurs, et les mettre à la chaîne, allongés sous les bancs, au fond de leurs vaisseaux. Puis je fis rembarquer mes gens restés fidèles : pas de retard ! à bord ! et voguent les navires ! J’avais peur qu’à manger de ces dattes, les autres n’oublient aussi la date du  retour.

Odyssée, IX, 82-102


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