Anthologie - Les travaux de Cypris I

Extraits de Anthologie grecque, V, texte établi et traduit par Pierre Waltz en collaboration avec Jean Guillon, CUF, Les Belles Lettres, 2003 (1929)

 

74. Je t'envoie, Rhodocleia, cette couronne qu'avec de belles leurs j'ai tressée de mes propres mains. Il y a des lis, des boutons de rose, des anémones humides, des narcisses flexibles, des violettes aux sombres reflets. Mets-la sur ta tête et cesse d'être si fière: vous fleurissez et vous passez, toi comme la couronne.

 

 

DE PAUL LE SILENTIAIRE

Cachons nos baisers, Rhodopê, et nos travaux de Cypris aimables et périlleux. Quel charme de n'être pas vus et de fuir le regard des gardiens, auquel rien n'échappe! Plus que le grand jour, le mystère donne à la couche amoureuse une douceur de miel.

 

100. ANONYME Si quelqu'un me blâmait en apprenant que je vais et viens fidèle serviteur d'Eros, ayant aux yeux la glu du chasseur qu'il se rappelle que Zeus et Hadès et le souverain des mers sont les esclaves des tyranniques Amours. Si les dieux en sont là et qu’on engage les hommes à suivre leur exemple, moi qui ai appris leurs aventures, qu'est-ce que je fais de mal en les imitant?

 

25. Chaque fois que, de jour ou sur le soir, j’ose aller me jeter dans les bras de Cydilla, c’est, je le sais, sur le bord d’un abime que je me fraie un chemin; c'est ma tête, je le sais bien, que je joue sur un seul coup de dés. Mais à quoi s de le savoir? Car on est téméraire et, quand on est à tonte heure entraîné par Eros, on ne sait plus du tout, même en rêve, ce que c'est que la peur.

 

 

212. Sans cesse le son d'Éros m'entre dans les oreilles et mon œil en silence offre sa douce larme aux désirs. Ni la nuit ni le jour ne m'apaisent, et déjà les philtres m'ont fait au cœur une marque facile à voir. De vos ailes, ô Amours, ne savez-vous donc que voler vers moi, sans pouvoir, si peu que ce soit, vous envoler ailleurs?

 

152. Prends-moi ton vol, moucheron, sois mon rapide messager et effleurant à peine l'oreille de Zénophila, murmure-lui ces mots: « Il ne dort pas, lui, il t'attend; et toi, oublieuse de ceux qui t'aiment, tu dors! » Hop, vole; allons, musicien, vole. Mais parle-lui tout bas de peur de réveiller aussi son compagnon de lit, dont tu déchaînerais à mon sujet le jaloux ressentiment. Si tu m'amènes ma petite amie, je te ceindra d'une peau de lion, cousin, et te donnerai à la main un massue à porter.

 

79. De Platon

Avec cette pomme je t'envoie ceci : si tu consens m'aimer, accepte-la et, en échange, donne-moi ta virginité; si tu penses le contraire de ce que je souhaite, prends tout de même et vois comme la beauté est éphémère.

 

234. De Paul le silentiaire

Moi qui jadis d'un cœur intraitable, au temps de ma jeunesse, ai refusé d'obéir à la douce loi de la déesse de Paphos et de ses transports, moi que jadis les Amours ne pouvaient atteindre de leurs traits dévorants, je courbe devant toi Cypris, une téte à moitié chenue, Accueille-moi des éclats de ton rire, car tu triomphes aujourd'hui de la sage Pallas plus que jadis pour la pomme des Hespérides.

 

235  (234) DE MACÉDONIOS, PERSONNAGE CONSULAIRE

Tu es venue, au gré de mon désir, contre mon attente: l'image qui était dans mon esprit, tu l'as toute secouée de stupeur, et me voici tout tremblant; mon cœur jusqu'au fond tressaille sous l'aiguillon et mon åme suffoque dans les flots de Cypris. Ah, sauve-moi d’un naufrage à terre en m'accueillant dans ton port.

 

236  (235) De Paul le Silentiaire

 Ma parole, je ne sais si les épreuves du supplice de Tantale au bord de l'Achéron ne sont pas plus légères que mes tourments. On ne lui défendait pas, en présence de beauté, d'unir sa lèvre à ta lèvre, plus tendre qu'un calice de rose: c'est sans raison que Tantale versait des larmes.!! Il a peur du rocher suspendu sur sa tête, mais il ne saurait mourir deux fois. Moi au contraire, en pleine vie, je me consume de désir et dans mon épuisement j'ai même tout près de moi la mort.

 

176. De Méléagre

Terrible Éros, terrible! Mais à quoi bon dire encore et redire avec mille gémissements: « Terrible Eros »? A coup sûr l'enfant en rit, ces invectives répétées l'amusent et, si je lui dis des injures, il se repaît même de mes insultes. C'est pour moi un mystère qu'ayant surgi de l'élément humide à travers les vagues étincelantes, Cypris, tu aies pu donner naissance à du feu.

 

133. De Maecius

J'ai juré, Cythérée, par ta puissance, que deux nuits loin d'Hédylion je resterais tranquille; mais tu riais, j’imagine, connaissant la maladie du malheureux que je suis; car je ne tiendrai pas la seconde nuit et je livre aux vents mes serments. J'aime mieux commettre une impiété pour l'amour d'elle que et mourir de piété.

 

168  (167) ANONYME.

Que le feu, que la neige et, si tu veux, que la foudre me frappe! Jette-moi dans les précipices ou dans les flots! Celui qu'ont épuisé les désirs et qu'Éros a dompté, le feu même de Zeus ne peut l'anéantir sous ses coups!

 

169  (168). D’Asclépiade

Il est doux, l'été, à qui souffre de la soif, de l'étancher avec de la neige; il est doux aux marins, au sortir de l'hiver, de voir la Couronne du printemps; mais bien plus doux encore aux amoureux de s'abriter sous la même couverture et de célébrer ensemble Cypris!

 

230  (229) De Paul le Silentiaire

D'un cheveu arraché à ses boucles dorées, Dôris comme des captives de guerre a lié mes mains. Et moi, au début, de rire aux éclats, pensant me faire un jeu de secouer les chaînes 5 de l'aimable Dôris; mais n'ayant pas la force de les faire sauter, je commençais à gémir, comme un homme serré dans des entraves de fer. Et maintenant, trois fois malheureux, me voici suspendu à un cheveu?, étroitement entraîné où me tire ma maitresse.

 

59. D’Archias

«Il faut fuir l’Amour. » Peine inutile: je n'échapperai pas, étant à pied, à un dieu ailé qui sans trêve me poursuit.

 

8  (7) De Méléagre

Nuit sacrée et toi, lampe, nous n'avons pas pris d’autres témoins de nos serments, c'est devant vous que nous avons juré tous deux, lui de m'aimer toujours, moi de ne jamais le quitter; c'est vous qui avez reçu notre mutuel engagement 5 Mais maintenant, il prétend que des serments comme ceux-là sont écrits sur l'eau; et toi, lampe, tu le vois dans les bras d'autres femmes.


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