Anthologie - Paculla Annia, gourou au féminin

Voici un autre extrait où Tite-Live nous présente Paculla Annia, gourou au féminin : 

Hispala explique l'origine de ces rites : ce sanctuaire avait d'abord été réservé aux femmes et l'usage était de n'y admettre aucun homme. Il y avait trois jours fixes dans l'année, durant lesquels, en plein jour, elles étaient initiées aux mystères de Bacchus et des matrones traditionnellement, étaient désignées à tour de rôle comme prêtresses. Une prêtresse, la campanienne Paculla Annia, avait tout transformé, prétendant qu'elle obéissait à une injonction divine. C'était elle, en effet, qui la première avait initié aussi des hommes, ses fils Minius et Herennius Cerrinius, transformé en culte nocturne les célébrations diurnes et instauré cinq jours d'initiation chaque mois au lieu de trois par an. Depuis lors, tous assistaient ensemble au culte, les hommes mêlés aux femmes, la nuit avait encore favorisé la licence et on ne reculait là devant aucun crime, aucune infamie. Les hommes avaient plus de relations coupables entre eux qu'avec les femmes. Tous ceux qui supportaient mal de se déshonorer et étaient trop hésitants à commettre le crime, on les immolait comme victimes. Ne respecter aucun interdit sacré était pour eux la plus haute marque de piété. Les hommes, comme en proie au délire, lançaient des prophéties, dans des contorsions frénétiques, les matrones, en tenue de bacchantes, cheveux au vent, couraient au Tibre en brandissant des torches enflammées, et, plongeant ces torches dans l'eau, les relevaient brillant d'une flamme intacte parce qu'il y avait dedans un mélange de soufre vif et de chaux. On disait ravis par les Dieux ceux qu'on faisait disparaitre, enchaînés à une machinerie, dans des antres secrets : c'étaient ceux qui avaient refusé de se lier par serment, de s'associer aux crimes ou d'endurer les outrages sexuels. C'était une foule immense, qui désormais formait presque un autre peuple ; il y avait parmi eux certains hommes et femmes de la noblesse. Depuis deux ans, on avait institué l'usage de n'initier personne au-dessus de vingt ans. On cherchait à mettre la main sur un âge porté aux errements et docile à subir les outrages.


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