Edito – Bonum vinum laetificat cor hominis

Amis des Classiques, trinquons !

Rouge comme le sang, le vin est peut-être le lien le plus évident qui nous rattache à l’Antiquité. Certes le vin antique était différent du nôtre, du point de vue du goût et de la fabrication, mais chaque fois qu’il est présent à table c’est comme si l’Antiquité s’invitait symboliquement, secrètement à nos côtés. Noir, rouge, rosé, liquoreux, à l’eau de mer ou miellé, le vin antique, bu coupé d’eau, accompagnait toutes les occasions, des banquets fastueux aux chantiers laborieux, le grand cuisinier Apicius proposant même un « vin miellé aux épices qui se conserve éternellement et dont les voyageurs peuvent disposer en route ». Au début du Banquet de Platon, comme pour tous les banquets, les convives décident du sujet de la conversation et du degré d’eau à verser dans le vin, en fonction du sérieux du débat.

Admirable civilisation qui a su joindre le vin à la sagesse!

Ce mois-ci amis des classiques, laissons la place à l’ivresse et à la sagesse antique. Ecoutons Jean-Pierre Vernant nous parler de Dionysos revisité, regardons les couleurs du vin chatoyer sous le regard limpide d’Andrea Marcolongo; mais d’abord laissons la parole au divin inventeur du vin, Dionysos :

« C'est l'ambroisie et le nectar de Zeus mon père que tu enfantes, Ampélos. Apollon possède deux plantes qui lui sont chères; mais il ne mange pas le fruit du laurier ni ne se désaltère à sa hyacinthe. L'épi n'engendre aucune douce boisson. Pardonne-moi, Déméter : moi, j'offre aux mortels une nourriture et pas seulement un breuvage ![1]»

Amis des Classiques, trinquons, trinquons à l’amitié du latin et du grec !

 


[1] Nonnos de Panopolis, Les Dionysiaques, texte établi et traduit par Francis Vian et Pierre Chuvin, CUF, Les Belles Lettres, 2006.