Femme savante, femme aimante : Sapho dans l’édition de Théodore Reinach

A l'occasion de la parution de Femmes savantes, voici quelques magnifiques vers de Sapho, issus de l'édition de Théodore Reinach

 

I, 1

Toi dont le trône étincelle, ô immortelle Aphrodite, fille de Zeus, ourdisseuse de trames, je t’implore : ne laisse pas, ô souveraine, dégoûts ou chagrins affliger mon âme,

Mais viens ici, si jamais autrefois entendant de loin ma voix, tu m’as écoutée, quittant la demeure dorée de ton père tu venais,

Après avoir attelé ton char : de beaux passereaux rapides t’entraînaient autour de la terre sombre, secouant leurs ailes serrées et du haut du ciel tirant droit vers l’éther.

Vite, ils étaient là. Et toi, bienheureuse, éclairant d’un sourire ton immortel visage, tu demandais, quelle était cette nouvelle souffrance, pourquoi de nouveau j’avais crié vers toi,

Quel désir ardent travaillait mon cœur insensé : « Quelle est donc celle que, de nouveau, tu supplies la Persuasive d’amener vers ton amour ? qui, ma Sapho, t’a fait injure ?

Parle : si elle te fuit, bientôt elle courra après toi ; si elle refuse tes présents, elle t’en offrira elle-même ; si elle ne t’aime pas, elle t’aimera bientôt, qu’elle le veuille ou non. »

Cette fois encore, viens à moi, délivre moi de mes âpres soucis, tout ce que désire mon âme, exauce-le, et sois toi-même mon soutien dans le combat.

 

I, 2

Celui-là me paraît être l’égal des dieux, l’homme qui, assis en face de toi, de tout près, écoute ta voix si douce

Et ce rire enchanteur qui, je le jure, a fait fondre mon cœur dans ma poitrine; car, dès que je t’aperçois un instant, il ne m’est plus possible d’articuler une parole

Mais ma langue se brise, et, sous ma peau, soudain se glisse un feu subtil; mes yeux sont sans regard, mes oreilles résonnent

La sueur ruisselle de mon corps, un frisson me saisit toute ; je deviens plus tendre que l’herbe et, peu sans faut, je me sens mourir
Mais on doit tout oser, puisque...

 

I, 27

Les uns estiment que la plus belle chose qui soit sur la terre sombre, c’est une troupe de cavaliers, ou de fantassin ; les autres, une escadre de navires. Pour moi, la plus belle chose au monde c’est pour chacun celle dont il est épris.

Rien de plus aisé que de rendre claire à tous cette vérité. Voyez celle qui avait pu comparer la beauté de tant d’hommes, Hélène. Qui choisit-elle comme le plus excellent de tous ?

Celui qui devait anéantir toute la la splendeur de Troie. Sans plus se soucier ni de son enfant ni de ses parents chéris, elle se laissa, pour aller aimer au loin, entraîner par

Kypris. Ah ! combien versatile est l’âme de la femmes, quand, dans sa légèreté, elle ne pense qu’au présent ! Ainsi, à cette heure, nul n’évoque le souvenir d’Anactoria, parce qu’elle est absente —

Anactoria, dont la démarche gracieuse, l’éclat rayonnant du visage, me feraient plus de plaisir à voir que tous les chariots des Lydiens et leurs guerriers, chargeant à pied dans leur armure.

 

 


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