Femme savante, femme massacrée - La mort d'Hypatie

Hypatie est l’une des rares femmes mathématiciennes dont nous soit parvenu ne serait-ce que le nom. Elle a notamment écrit un commentaire sur les Arithmétiques de Diophante, dont il semble que des parties aient été conservées dans le texte même, voire que l’ensemble du texte soit une réécriture de la main d’Hypatie à destination de ses étudiants. Son assassinat fut très vite perçu comme un événement honteux. Cela rappelle à la fois la lutte entre savoir et obscurantisme et la difficulté d’être une femme de science. Voici le témoignage de Socrate le Scolastique, à retrouver dans Mathematikos. Vies et oeuvres des mathématiciens en Grèce et à Rome

Il y avait à Alexandrie une femme nommée Hypatie ; c’était la fille du philosophe Théon. Elle était parvenue à un tel degré de connaissance qu’elle surpassait les philosophes de son temps, qu’elle avait pris la tête de l’école platonicienne dans la lignée de Plotin et qu’elle exposait l’ensemble des enseignements de la philosophie à ceux qui le désiraient. Aussi ceux qui désiraient pratiquer la philosophie accouraient-ils de partout auprès d’elle.

Grâce à la remarquable liberté de parole qu’elle possédait, due à son éducation, elle allait jusqu’à se confronter aux magistrats de la cité avec la modestie qui la caractérisait, et nulle honte ne s’emparait d’elle lorsqu’elle se trouvait au milieu d’un public masculin. Tous, en effet, en raison de sa modestie exceptionnelle, avaient du respect pour elle et l’admiraient. C’est alors que la jalousie à son égard se manifesta ; en effet, sa fréquentation assidue d’Oreste fit naître une calomnie à son encontre dans la population chrétienne, selon laquelle elle était un obstacle à la réconciliation d’Oreste et de l’évêque. Et voilà que des hommes au sang chaud qui partageaient ce sentiment, et dont le meneur était un lecteur du nom de Pierre, guettent la femme qui rentrait de je ne sais où chez elle ; et, l’ayant arrachée à son siège, ils la tirèrent dans l’église qu’on nomme Césarion. Ils la déshabillèrent et la firent périr à coups de tessons de poterie. Puis, après l’avoir mise en pièces, ils portèrent ses membres épars pour les détruire par le feu au lieu-dit Cinaron. Ce ne fut pas un mince opprobre que cela attira contre Cyrille et l’église des Alexandrins ; car sont totalement étrangers à l’esprit du Christ meurtres, combats et tout ce qui s’en rapproche. Les événements se produisirent la quatrième année de l’épiscopat de Cyrille, sous le dixième consulat d’Honorius et le sixième de Théodose, au mois de mars, en temps de jeûne.

Histoire ecclésiastique, VII, 15

 


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