Histoires d’eau

Amis des Classiques, jetons-nous à l’​eau !

 

Ces dernières semaines, la communauté scientifique a fait part d’une découverte étonnante : de l’eau à l’état liquide aurait été trouvée sur la planète Mars ! Curieusement, cette annonce a coïncidé, à quelques jours près, avec la fête romaine des Fontinalia, consacrée aux sources et à l’eau.

 

Plus terrifiantes que celles du lac Alcyonie évoqué par Pausanias (II, 37, 6) : les eaux de Mars (© Nasa)

 

Dans l’Antiquité, l’eau est un don des dieux. Élément salvateur, elle purifie, elle nettoie, elle abreuve. Dans certains endroits, elle sert même à mesurer le temps [1]. On peut dire sans risque, reprenant le topos antique de l’eau et de la pierre [2], que la Rome de marbre dont se glorifiait Auguste était avant tout une Rome d’eau. De partout, la Ville ruisselle, au point, nous dit Properce, qu’y résonne une sorte de « murmure perpétuel » [3].

 

Présent des dieux, élément de vie, l’eau possède aussi, la photographie de la Nasa postée ci-dessus nous le rappelle, son versant sombre et glaçant. Dans le livre qu’il consacre aux eaux, Pline fait le catalogue des sources néfastes du monde antique :

 

Théopompe dit qu’en Thrace, près de Cychri, les eaux donnent la mort ; Lycus, qu’à Léontini se trouve une source qui tue, au bout de trois jours, celui qui en a bu ; Varron, qu’il est près du mont Soracte une fontaine, large de quatre pieds, qui au lever du soleil bouillonne comme si elle était chauffée, et que les oiseaux qui en goûtent tombent morts à côté. En effet, par une circonstance insidieuse, quelques-unes de ces eaux ont même un aspect attrayant, comme celles d’Arcadie, près de Nonacris : là, rien en apparence ne vous détourne d’y goûter ; on croit que la grande fraîcheur de celles-ci les rend malfaisantes, attendu qu’elles se pétrifient même en coulant. Il en est autrement de l’eau de Tempé, en Thessalie ; la vue seule inspire la terreur, et l’on dit qu’elle ronge l’airain et le fer. Dans la Macédoine, non loin du tombeau du poète Euripide, coulent deux ruisseaux, l’un très salutaire, l’autre mortel [4].

 

Cette semaine sur La Vie des Classiques, nous nous abreuverons à la source la plus pure et la plus profitable qui soit. Nous écouterons Horace faire l’éloge de la vie rustique et profiterons avec lui d’un doux « sommeil sur l’herbe au bord du ruisseau [5] ». Nous évoquerons, au détour d’une anthologie, la place centrale de l’élément aquatique dans le monde des Anciens. Enfin, nous partagerons les joies et les enthousiasmes des latinistes débutants du Lycée du Parc qui, pour leur année d’hypokhâgne, s’apprêtent à plonger dans le grand bain.

 

 

 

 

 


[1] Comme sur l’agora d’Athènes, où se tenait une monumentale clepsydre (horloge à eau). Voir Jérôme Bonnin, La Mesure du temps dans l’Antiquité, 2015.

[2] « Quoi de plus dur que la pierre ? Quoi de plus mou que l’eau ? Et pourtant la pierre la plus dure est creusée par l’eau molle », in Ovide, L’Art d’aimer, I, 473-474.

[3] Properce, Élégies, II, 32.

[4] Pline, Histoire naturelle, XXXI, 19.

[5] Horace, Épîtres, I, 14.

Commentaires

Je ne puis m'empêcher de penser dès lors on l'on parle d'eau dans l'Antiquité à ce passage du Misopogon de Julien : "J'étais alors en quartier d'hiver auprès de ma chère Lutèce : les Celtes appellent ainsi la petite ville des Parisii : c'est un îlot jeté sur le fleuve qui l'enveloppe de toutes parts : des ponts de bois y conduisent de deux côtés: le fleuve diminue ou grossit rarement : il est presque toujours au même niveau été comme hiver : l'eau qu'il fournit est très agréable et très limpide à voir et à qui veut boire. Comme c'est une île , les habitants sont forcés de puiser leur eau dans le fleuve."