L’hiver à Athènes : l’oraison funèbre

 

Thucydide, La Guerre du Péloponnèse, II, CUF, texte établi et traduit par J. de Romilly.

 

XXXIV. Au cours du même hiver, les Athéniens, selon l’usage traditionnel chez eux, firent des funérailles officielles aux premiers morts de la guerre. Voici comment ils procèdent. 2 Les ossements des défunts sont exposés, deux jours à l’avance, sous une tente que l’on a dressée ; et chacun apporte, à son gré, des offrandes à qui le concerne. 3 Puis, au moment du convoi, des cercueils de cyprès sont transportés en char, à raison d’un par tribu : les ossements y sont groupés, chaque tribu à part ; et l’on porte un lit vide, tout dressé : celui des disparus, dont on n’a pas trouvé les corps pour les recueillir. 4 À ce convoi participent librement citoyens et étrangers ; et les femmes de la famille sont présentes, au tombeau, faisant entendre leurs lamentations. 5 On confie alors les restes au monument public, qui est situé dans le plus beau faubourg de la ville[1] et où l’on ensevelit toujours les victimes de la guerre – à l’exception des morts de Marathon : pour ceux-là, jugeant leur mérite exceptionnel, on leur donna la sépulture là-bas, sur place[2]. 6 Une fois que la terre a recouvert les morts, un homme choisi par la cité, qui passe pour n’être pas sans distinction intellectuelle et jouit d’une estime éminente, prononce en leur honneur un éloge approprié ; après quoi l’on se retire. 7 Ainsi ont lieu ces funérailles ; et, pendant toute la guerre, chaque fois que cela se trouvait, on appliqua l’usage. 8 Quant à ces premiers morts, c’est Périclès, fils de Xanthippe, qui fut choisi pour parler d’eux. Et, au moment où les circonstances l’y invitaient, quittant le monument, il s’avança vers une haute tribune dressée pour qu’il fût entendu le plus loin possible par la foule, et il prononça, en substance, les paroles suivantes :

XXXV. « La plupart des orateurs qui m’ont précédés à cette place louent celui qui a introduit cette allocution dans le cérémonial en usage et trouvent beau qu’au moment où on les ensevelit les victimes de la guerre soient ainsi célébrées. Pour moi, j’estimerais suffisant qu’à des hommes dont la valeur s’est traduite en actes, on rendît également hommage par des actes, comme vous voyez qu’on le fait aujourd’hui dans les mesures officielles prises ici pour leur sépulture : les mérites de tout un groupe ne dépendraient pas d’un seul individu, dont le talent plus ou moins grand met en cause leur crédit[3]. 2 Car il est difficile d’adopter un ton juste, en une matière où la simple appréciation de la vérité trouve à peine des bases fermes : bien informé et bien disposé, l’auditeur peut fort bien juger l’exposé inférieur à ce qu’il souhaite ou connaît ; mal informé, il peut, par jalousie, y voir de l’exagération, lorsque ce qu’il entend dépasse ses propres capacités ; car on ne tolère pas sans limites les louanges prononcées à propos d’un tiers : chacun le fait dans la mesure où il se croit lui-même capable d’accomplir tels exploits qu’il entend rapporter ; au-delà, avec la jalousie naît l’incrédulité. – 3 Mais enfin, puisque les anciens ont jugé qu’il en allait bien ainsi, je dois à mon tour me conformer à l’usage et tâcher de répondre le plus possible au souhait et à l’opinion de chacun.

XXXVI. « Je commencerais, en premier lieu, par nos ancêtres. Il est juste et, en même temps, approprié à une circonstance comme celle-ci, de leur offrir l’hommage de ce souvenir. Se perpétuant, en effet, dans notre pays à travers les générations successives, ils nous l’ont, par leur mérite, transmis libre jusqu’à ce jour. 2 Et, s’ils sont dignes d’être loués, nos pères le sont encore plus : ils ont ajouté à ce qu’ils avaient reçu tout l’empire que nous possédons et nous ont, non sans de dures peines, légué, à nous les hommes d’aujourd’hui, cet héritage accru. 3 Pour ce qui est venu en plus, c’est à nous personnellement, la génération encore en pleine maturité, qu’en revient le développement, et nous avons mis la cité en état de se suffire pleinement en tout, pour la guerre comme pour la paix. 4 Dans tout cela, tant qu’il s’agit des faits de guerre qui permirent la série de ces acquisitions, ou bien des occasions dans lesquelles, nous ou bien nos pères, nous nous sommes dévoués pour repousser les assauts d’une guerre soit barbare soit grecque, j’entends, pour ne point insister ici devant des gens à qui je n’apprendrais rien, les passer sous silence ; mais quels principes de conduite nous ont menés à cette situation, avec quel régime et grâce à quels traits de caractère elle a pris son ampleur, voilà ce que je montrerai d’abord, avant d’en venir à l’éloge de ces hommes : j’estime qu’en la circonstance ce thème ne saurait être mal approprié et que la foule entière, citoyens et étrangers, peut avec avantage y prêter l’oreille.

XXXVII. « Notre régime politique ne se propose pas pour modèle les lois d’autrui, et nous sommes nous-mêmes des exemples plutôt que des imitateurs. Pour le nom, comme les choses dépendent non pas du petit nombre mais de la majorité, c’est une démocratie. S’agit-il de ce qui revient à chacun ? la loi, elle, fait à tous, pour leurs différends privés, la part égale, tandis que pour les titres, si l’on se distingue en quelque domaine, ce n’est pas l’appartenance à une catégorie, mais le mérite, qui vous fait accéder aux honneurs ; inversement la pauvreté n’a pas pour effet qu’un homme, pourtant capable de rendre service à l’État, en soit empêché par l’obscurité de sa situation. 2 Nous pratiquons la liberté, non seulement dans notre conduite d’ordre politique, mais pour tout ce qui est suspicion réciproque dans la vie quotidienne nous n’avons pas de colère envers notre prochain, s’il agit à sa fantaisie, et nous ne recourons pas à des vexations, qui, même sans causer de dommage, se présentent au dehors comme blessantes. 3 Malgré cette tolérance, qui régit nos rapports privés, dans le domaine public, la crainte nous retient avant tout de rien faire d’illégal, car nous prêtons attention aux magistrats qui se succèdent et aux lois – surtout à celles qui fournissent un appui aux victimes de l’injustice, ou qui, sans être lois écrites, comportent pour sanction une honte indiscutée[4].

XXXVIII. « Avec cela, pour remède à nos fatigues, nous avons assuré à l’esprit les délassements les plus nombreux : nous avons des concours et des fêtes religieuses qui se succèdent toute l’année, et aussi, chez nous, des installations luxueuses, dont l’agrément quotidien chasse au loin la contrariété. 2 Nous voyons arriver chez nous, grâce à l’importance de notre cité, tous les produits de toute la terre, et les biens fournis par notre pays ne sont pas plus à nous, pour en jouir, que ne sont ceux du reste du monde.

XXXIX. « Nous nous distinguons également de nos adversaires par notre façon de nous préparer à la pratique de la guerre. Notre ville, en effet, est ouverte à tous, et il n’arrive jamais que, par des expulsions d’étrangers, nous interdisions à quiconque une étude ou un spectacle, qui, en n’étant pas caché, puisse être vu d’un ennemi et lui être utile : car notre confiance se fonde peu sur les préparatifs et les stratagèmes, mais plutôt sur la vaillance que nous puisons en nous-mêmes au moment d’agir. Et, pour l’éducation, contrairement à ces gens, qui établissent dès la jeunesse un entraînement pénible pour atteindre au courage, nous, avec notre vie sans contrainte, nous affrontons au moins aussi bien des dangers équivalents. 2 Et la preuve : les Lacédémoniens ne viennent pas à eux seuls, mais avec tous, faire campagne contre notre pays, tandis que nous-mêmes, quand nous attaquons le pays d’autrui, nous n’avons aucune peine, en combattant en terre étrangère contre des gens défendant leurs foyers, à remporter le plus souvent l’avantage ; 3 jamais nos forces n’ont été, toutes ensemble, engagées contre un ennemi, puisqu’au soin de la flotte se joint, sur terre, l’envoi de contingents à nous vers des objectifs nombreux ; mais, ont-ils affaire à une fraction d’entre elles, vainqueurs de quelques-uns des nôtres, ils proclament nous avoir tous repoussés, et, vaincus, avoir été battus par toutes nos troupes. 4 Or, au total, si c’est en nous laissant vivre plus qu’en nous entraînant aux épreuves, et avec un courage tenant moins aux lois et plutôt au caractère, que nous acceptons les dangers, il nous reste un bénéfice : c’est, en évitant de souffrir à l’avance pour les épreuves à venir, de montrer, quand nous les abordons, tout autant d’audace que les gens continuellement à la peine. – C’est là un trait par où notre ville mérite admiration : il se joint à d’autres encore.

XL. « Nous cultivons le beau dans la simplicité, et les choses de l’esprit sans manquer de fermeté. Nous employons la richesse, de préférence, pour agir avec convenance, non pour parler avec arrogance ; et, quant à la pauvreté, l’avouer tout haut n’est jamais une honte : c’en est une plutôt de ne pas s’employer en fait à en sortir. 2 Une même personne peut à la fois s’occuper de ses affaires et de celles de l’État ; et, quand des occupations diverses retiennent des gens divers, ils peuvent pourtant juger des affaires publiques sans rien qui laisse à désirer. Seuls, en effet, nous considérons l’homme qui n’y prend aucune part comme un citoyen non pas tranquille, mais inutile ; et, par nous-mêmes, nous jugeons ou raisonnons comme il faut sur les questions ; car la parole n’est pas à nos yeux un obstacle à l’action : c’en est un, au contraire, de ne pas s’être d’abord éclairé par la parole avant d’aborder l’action à mener. 3 Car un autre mérite qui nous distingue est de pouvoir tout ensemble montrer l’audace la plus grande et calculer l’entreprise à venir : chez les autres, l’ignorance porte à la résolution, et le calcul à l’hésitation. Or on peut considérer à bon droit comme ayant les âmes les plus fermes ceux qui discernent de la façon la plus claire le redoutable ou l’agréable, tout en ne laissant pas, pour autant, détourner des dangers.

4 « De même, pour la générosité, nous sommes à l’opposé du grand nombre : ce ne sont pas les services qu’on nous rend, mais nos propres bienfaits, qui sont à l’origine de nos amitiés. Or, le bienfaiteur est un ami plus sûr : il veut, par sa bienveillance envers son obligé, perpétuer la dette de reconnaissance ainsi créée. Celui qui est redevable, lui, a plus de mollesse : il sait que sa générosité, au lieu de lui valoir de la reconnaissance, acquittera seulement une dette. 5 Et, seuls, nous aidons franchement autrui, en suivant moins un calcul d’intérêt que la confiance propre à la liberté.

XLI. « En résumé, j’ose le dire : notre cité, dans son ensemble, est pour la Grèce une vivante leçon, cependant qu’individuellement nul mieux que l’homme de chez nous ne peut, je crois, présenter à lui seul une personnalité assez complète pour suffire à autant de rôles et y montrer autant d’aisance dans la bonne grâce.

2 « Et qu’il s’agisse là non pas d’une vantardise momentanée dans les mots mais d’une vérité de fait, c’est ce que montre la puissance même que nous avons acquise à notre ville grâce à ces traits de caractère. 3 Seule de tous les États actuels, elle se révèle à l’épreuve supérieure à sa réputation ; seule, elle ne suscite jamais chez les ennemis qui l’ont attaquée d’irritation, à voir l’auteur de leurs malheurs, ni chez ses sujets la protestation qu’un maître indigne les commande. 4 Il existe des marques insignes, et les témoignages ne manquent pas, pour signaler cette puissance, et nous offrir à l’admiration de tous, dans le présent et dans l’avenir ; nous n’avons besoin ni d’un Homère pour nous glorifier, ni de personne dont les accents charmeront sur le moment, mais dont les interprétations auront à pâtir de la vérité des faits : nous avons contraint toute mer et toute terre à s’ouvrir devant notre audace, et partout nous avons laissé des monuments impérissables, souvenirs de maux et de biens.

5 « Voilà ce qu’est notre cité ; pour elle, noblement, parce qu’ils refusaient de s’en laisser dépouiller, ces hommes sont morts en combattant, et de même, parmi ceux qui restent, chacun doit normalement accepter de souffrir pour elle. XLII. C’est bien pourquoi je me suis étendu sur ce qui concernait la cité : je voulais faire comprendre que l’enjeu de la lutte n’est pas le même pour nous et pour ceux qui n’ont à un égal degré aucun de ces avantages ; et je voulais en même temps appuyer de marques sensibles l’éloge de ceux en l’honneur de qui je parle aujourd’hui. 2 Et, à cet égard, le principal est fait, car les traits de notre cité que j’ai exaltés doivent au mérite de ces hommes et de ceux qui leur ressemblent toute leur beauté ; et il est peu de Grecs à propos de qui les mots, comme pour eux, trouveraient dans les faits un exact équivalent. Aussi bien, un mérite viril ressort, je crois, de la fin qui est la leur aujourd’hui – qu’elle en soit le premier indice ou l’ultime confirmation. 3 Même pour un être autrement médiocre, la bravoure à la guerre, au service de la patrie, mérite de cacher le reste : le bien efface le mal, et l’utilité dans la vie publique passe le tort causé dans la vie privée. 4 Quant à ces hommes, il n’est point arrivé que, dans la richesse, le souci de continuer à en jouir les ait fait mollir, ni que, dans la pauvreté, l’espérance de pouvoir, plus tard, y échapper pour devenir riches leur ait fait différer l’épreuve ; le châtiment de l’adversaire a été à leurs yeux un objet plus désirable que ceux-là, et en même temps le danger à courir leur est apparu comme beau entre tous : ils ont donc voulu, en le courant, obtenir ce châtiment et atteindre cet idéal, s’en remettant à l’espérance pour ce que la réussite avait d’incertain, mais prétendant en pratique se fier à eux seuls pour les réalités dès lors tangibles. En cela, ils ont plus estimé le fait de résister et succomber que celui de céder pour sauver leur vie ; ils ont ainsi dérobé à la honte leur réputation et affronté, de leurs personnes, l’action : dans le bref instant où le sort intervint, quand ils s’en sont allés, c’était la gloire, plus que la crainte, qui marquait son apogée.

XLIII. « Ces hommes, donc, eurent là une conduite qui s’apparente bien à la cité. Ceux qui restent, eux, doivent, pour leurs dispositions à l’égard de l’ennemi, souhaiter un sort plus sûr, mais prétendre à une audace non moindre : ne considérez pas seulement en paroles des avantages, sur lesquels on ne vous apprendrait rien à insister longuement, en disant tout l’intérêt qu’il y a à repousser un ennemi ; contemplez plutôt chaque jour, dans sa réalité, la puissance de la cité, soyez-en épris, et, quand elle vous semblera grande, dites-vous que les hommes qui ont acquis cela montraient de l’audace, discernaient leur devoir, et, dans l’action, observaient l’honneur, qu’enfin, si jamais ils échouaient dans quelque tentative, ils n’estimaient pas pour cela devoir priver la cité de leur valeur : ils lui en faisaient abandon comme s’ils acquittaient une quote-part, la plus belle de toutes. 2 En donnant leur vie à la communauté, ils recevaient pour eux-mêmes l’éloge inaltérable et une sépulture qui est la plus insigne : elle n’est pas tant là où ils reposent que là où leur gloire subsiste à jamais dans les mémoires, à chaque occasion qu’offre, indéfiniment, la parole ou l’action. 3 Des hommes illustres ont pour tombeau la terre entière[5] ; ce n’est pas seulement une inscription sur une stèle qui, dans leur pays, rappelle leur existence : même sur un sol étranger, sans rien d’écrit, chacun est habité par un souvenir, qui s’attache à leurs sentiments plus qu’à leurs actes. 4 Que leur modèle inspire aujourd’hui leur émulation, et, mettant le bonheur dans la liberté, la liberté dans la vaillance, ne regardez pas de trop près aux périls de la guerre. 5 Ce ne sont point les gens dont le sort est mauvais qui peuvent de la façon la plus légitime faire bon marché d’une vie où ils n’ont pas de bonheur à attendre : ce sont ceux qui, en continuant à vivre, risquent un revirement de condition, et à propos de qui la différence, en cas d’échec, est la plus grande. 6 Car il est plus dur, pour un homme un peu fier, de subir un amoindrissement accompagnant un manque de fermeté, que de garder sa propre énergie ainsi que l’espérance commune, et de subir la mort sans l’avoir sentie venir.

XLIV. « C’est bien pourquoi, m’adressant à ceux, ici présents, qui avez un fils parmi ces hommes, je pleure moins ce sort que je veux y apporter un réconfort. Tous savent, en effet, que l’existence est faite de vicissitudes variées : l’heureuse fortune consiste à rencontrer ce qui est le plus noble, soit en fait de mort – comme ces hommes –, soit en fait de chagrin – comme vous ; et c’est d’avoir eu une vie si bien calculée que le bonheur y coïncide avec la fin. 2 Je sais bien qu’il est difficile de le faire admettre, à propos de ceux que tant d’occasions vous rappelleront, quand vous verrez autrui jouir d’un bonheur, dont, auparavant, vous aussi, vous étiez fiers ; et le chagrin ne s’attache pas aux biens dont on est privé sans en avoir goûté, mais à ceux qui vous sont ôtés quand on en avait pris l’habitude. 3 Cependant il faut être fermes, ne serait-ce que par l’espoir d’autres enfants, si vous êtes encore à l’âge d’en avoir. Individuellement, leur venue apportera à certains l’oubli de ceux qui ne sont plus, et la cité, elle, en tirera un double avantage, en évitant de se dépeupler, et pour le soin de sa sécurité : car il n’est pas possible d’intervenir aux délibérations, sur un pied d’égalité et de façon équitable, quand on n’engage pas, comme les autres, des enfants dans la partie à jouer. – 4 Quant à vous, qui avez passé l’âge, comptant pour un bénéfice d’avoir vécu heureuse la période la plus longue de votre vie, dites-vous que le reste sera court, et allégez votre peine par le renom qu’ils ont acquis. Seul, en effet, l’amour de la gloire résiste à la vieillesse, et il n’est pas vrai que, dans la stérilité de l’âge, le gain représente, comme certains le disent, l’agrément principal : c’est plutôt l’honneur. – XLV. Maintenant, pour vous, ici présents, qui avez un père parmi ces hommes, ou bien un frère, je vois toute l’ampleur de la lutte à soutenir : à celui qui n’est plus s’attachent d’ordinaire les louanges unanimes ; et c’est tout juste si le comble du mérite pourrait vous faire juger, non pas leurs égaux, mais presque de leur trempe. La jalousie s’adresse, chez les vivants, à un élément rival ; ce que l’on n’a point sur son chemin reçoit l’hommage d’une faveur sans antagonisme. – 2 Enfin, s’il me faut, d’un mot, évoquer aussi des mérites féminins, pour celles qui vont maintenant vivre dans le veuvage, j’exprimerai tout avec un bref conseil : si vous ne manquez pas à ce qui est votre nature, ce sera pour vous une grande gloire ; et de même pour celles dont les mérites ou les torts feront le moins parler d’elles parmi les hommes.

XLVI. « J’achève donc, en ce qui me concerne, le discours où, selon l’usage, j’ai exprimé ce que j’avais à dire d’approprié ; en ce qui concerne les faits, les hommes que nous ensevelissons ont déjà reçu notre hommage, et j’ajoute que leurs enfants seront, dorénavant, élevés par l’État, à ses frais, jusqu’à leur adolescence. Telle est la profitable couronne offerte, pour prix de tels exploits, à ces hommes et à ceux qui restent : en effet, là où les récompenses proposées aux mérites sont le plus grandes, là aussi la cité groupe les hommes les plus valeureux. 2 Maintenant, après une ultime lamentation donnée à ceux qui vous touchent personnellement, il faut vous retirer. »

XLVII. Telles furent les obsèques qui se déroulèrent au cours de cet hiver-là. Avec lui devait se terminer la première année de notre guerre.

 


[1] Le Céramique extérieur, ou hors-les-murs.

[2] Il semble y avoir eu d’autres exceptions, ainsi le cas des morts de Platée (cf. Hérodote, XI, 85). On s’est aussi demandé si l’usage était aussi ancien que le suggère Thucydide.

[3] Le discours s’ouvre par l’opposition classique « parole » - « action ». En fait il contient d’un bout à l’autre un foisonnement exceptionnel de figures de rhétorique. Celles-ci donnent de l’éclat au texte. Nous avons essayé d’en conserver le plus grand nombre possible, par l’emploi d’expressions ayant même longueur et même sonorité finale.

[4] Cf. Ehrenberg, Sophocles and Pericles, Oxford, 1954, 187 p.

[5] Les expressions imagées se multiplient ici ; cf. Notice, p. XXVIII.


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