La coriandre selon Philon d'Alexandrie

LA CORIANDRE

Un bien qui puisse être partagé.

La droite raison examine les ascètes comme une pièce de monnaie ; il faut savoir s’ils ont compromis le bien de leur âme en le rapportant à quelque chose d’extérieur, ou bien s’ils le préservent comme une pièce de bon aloi, en le conservant dans leur seule pensée ? Ils ont reçu en partage de vivre non de nourritures terrestres, mais de sciences supracélestes.
C’est manifeste encore pour d’autres raisons, lorsqu’il dit : «Le matin advint avec la rosée finissante tout autour du champ ; et on voyait sur la face du désert une plante fine comme la coriandre, blanche comme la gelée sur la terre. En voyant cela, ils se dirent l’un à l’autre ; « Qu’est ceci ? » Ils ne savaient pas, en effet, ce que c’était. Moïse leur dit alors : « Ceci est le pain que le Seigneur nous a donné pour manger. Ceci est la parole que le seigneur a prescrite » (Ex. 16, 13 s.). Tu vois de quelle sorte est la nourriture de l’âme : le Logos de Dieu, qui assure la cohésion de tout, enveloppe l’âme toute entière, comme la rosée, et il ne laisse aucune partie en dehors de lui.
Ce Logos n’apparaît pas partout, mais sur le désert des passions et des méchancetés, il est frêle et offre peu de prise pour penser et être pensé, mais il est puissamment rayonnant et pur pour la vue ; il est comme la coriandre. Les agriculteurs disent que si la semence de la coriandre est divisée et coupée à l’infini, chacune de ses parcelles semée germe exactement comme pourrait le faire le grain entier ; tel est aussi le Logos de Dieu, bienfaisant pris en entier ou dans n’importe laquelle de ses parties. Et si jamais on l’assimilait à la pupille de l’oeil : alors, comme celle-ci, en effet, bien qu’elle soit la partie la plus resserrée de l’oeil, voit les ceintures de l’univers dans leur totalité, la mer infinie, l’immensité de l’air et toute l’étendue du ciel dans les limites duquel le soleil se lève et se couche, de même le Logos de Dieu au regard très aigu, est capable de tout observer. […] Grâce à lui, on apprendra à considérer tout ce qui est digne de contemplation. Et il est tout de blancheur : que peut-il y avoir de plus brillant ou de plus rayonnant que le Logos divin, dont la participation permet d’écarter les ténèbres et l’obscurité, tout désireux qu’ils sont de posséder la lumière de l’âme.

Legum allegoriae, III §§ 169-171


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