Le génie de l’Erreur

Amis des Classiques, égarons-nous !

 

 

L’erreur a du génie. Les poètes grecs le savaient, qui font d’Até, la déesse de l’erreur, une fille de Zeus ou d’Éris, la discorde initiale à l’origine du monde. C’est elle qui inspire à Ajax la folie fatale le poussant à trucider l’entiereté d’un troupeau, c’est elle qui invite Ampélos, l’amant de Dionysos, à tenter de dompter un taureau furieux. Dans le Banquet de Platon, elle est comparée à l’amour, non pour sa faculté d’illusion, mais pour sa douceur et sa légèreté. Elle est une déesse diaphane qui caresse doucement l’esprit des hommes et les gouverne à leur insu. Cette femme fatale n’a pourtant rien d’une miss catastrophe, car les erreurs qu’elle invite à commettre s’avèrent bénéfiques : elle évite à Ajax de massacrer ses compagnons et permet à Dionysos d’offrir le vin aux hommes.

 

Cette semaine, dans La Vie des Classiques, saluons coquilles, gaffes et bourdons qui nourrissent la langue, comme le souligne la chronique Mètis. Souvenons-nous que les Grands Hommes de l’Antiquité avaient nombre d’occasions de se mordre les doigts en pensant Errare humanum est. Pénétrons dans La Cuisine de Guillaume Budé, où l’éditeur de texte le plus génial ne pourrait rien sans les erreurs des traditions précédentes. Suivons le professeur Pauline Le Jeune dans sa salle de classe où barbarismes et syllogismes fleurissent avec poésie sous la plume des futurs latinistes et hellénistes.

 

Amis des Classiques, levons notre coupe en l’honneur de la déesse Até qui l’a remplie de vin !