Le temps des baisers

Comment réinventer les baisers alors que la moindre proximité est source de problèmes ? Extraites de Séduire comme un dieu (Laure de Chantal & Karine Descoings, Les Belles Lettres, p. 177-178),  ces quelques épigrammes éveilleront votre imaginaire, et votre imagination !

Tendres, profonds ou frénétiques, les baisers sont aussi variés que les amours et suscitent la plus grande imagination. Des premiers baisers malhabiles et avides qui rougissent le pourtour des lèvres aux baisers délicats, promesses d’une passion ultérieure, tous sont dignes d’éloges.

 

DE RUFIN

Le baiser d’Europê, quand il atteint les lèvres, est doux, ou quand il effleure seulement la bouche. Mais ce n’est pas du bout des lèvres qu’elle embrasse: elle attire votre bouche et c’est votre âme qu’elle aspire alors, jusque des ongles.

DE MÉLÉAGRE

Ton baiser est de la glu et tes yeux, Timarion, sont du feu : si tu nous regardes, tu nous brûles ; si tu nous touches, tu nous tiens enchaînés.

DE PAUL LE SILENTIAIRE

Longs sont les baisers de Galatée et sonores ; doux, ceux de Démô ; ceux de Dôris, des morsures. Quels sont les plus émoustillants? Ce n’est point aux oreilles à juger des baisers; quand j’aurai goûté aux lèvres sauvages, j’exprimerai mon suffrage...Tu te fourvoyais,ô mon cœur : l’expérience est faite des doux baisers de Démô et de la rosée de ses lèvres de miel; tiens-t’en à ceux-là: à elle la palme, sans qu’elle ait à l’acheter. Qu’un autre ailleurs trouve son plaisir, on ne m’arrachera pas de Démô.

DU MÊME

J’ai vu, moi, des amants bien épris; avec une frénésie impatiente, tenant longtemps leurs deux bouches collées, ils ne pouvaient se rassasier d’un amour sans réserve; désireux, si possible, de pénétrer chacun dans le cœur de l’autre, ils soulageaient tant soit peu les tortures de leur impuissance en échangeant entre eux leurs souples vêtements. Et lui, ainsi, ressemblait tout à fait à Achille, tel que se montrait ce héros dans le palais de Lycomède; quant à la jeune fille, enveloppée d’une tunique qui descendait jus- qu’à son blanc genou, elle reproduisait la silhouette de Phébé. Et de nouveau leurs lèvres se pressaient, car, dévorant leur chair, une soif d’amour incessant les tenait. Plus facilement délierait-on la tortueuse étreinte de deux ceps de vigne grandis ensemble dans un long enlacement que ces amants nouant dans des embrassements mutuels les souples liens de leurs membres. Trois fois heureux, amie, celui que de tels nœuds ont enchaîné, trois fois heureux! Mais nous, loin l’un de l’autre, nous nous consumons.

Épigrammes, V, 14, 96, 244, 255

 

 


Dernières chroniques

04 Décembre 2020
La vie des Classiques reproduit ici l'article paru dans Actualités des études anciennes, ISSN format électronique : 2492.864X, 06/05/2020,  (...)
25 Novembre 2020
A l'occasion de la réimpression du magnifique L'Utilité de l'inutile de Nuccio Ordine (dont vous pouvez lire sur notre site l'article Le pain de l' (...)