Les Argonautiques au Lycée - Hylas Episode II

Note de l’enseignant, Nicola Zito

Je propose cette année à mes élèves de la classe Seconde 2 du Lycée Charles Baudelaire de Fosses (95) de découvrir les progymnasmata, ou exercices préparatoires de rhétorique : je m’inspire bien évidemment de l’ouvrage récent de Pierre Chiron, Manuel de rhétorique. Comment faire de l’élève un citoyen, Paris, Les Belles Lettres, 2018.

Un des textes que j’ai exploités dans le cadre de ma pratique pédagogique est le récit de l’enlèvement du jeune Argonaute Hylas, tel qu’il est raconté au chapitre 26 du recueil de Métamorphoses composé par Antoninus Liberalis au IIe siècle de notre ère :

Lorsqu’Héraclès partit en expédition avec les Argonautes qui l’avaient désigné comme leur chef, il emmena avec lui Hylas, fils de Céyx, jeune homme d’une grande beauté. Ils avaient atteint les détroits du Pont et navigué le long des contreforts d’Arganthone, lorsqu’une tempête souleva les flots : ils jetèrent l’ancre en cet endroit. Héraclès prépara le dîner pour les héros. Hylas alla avec une cruche au bord du fleuve Ascanios chercher de l’eau pour les chefs. Les nymphes, filles du fleuve, le virent, s’éprirent de lui et, au moment où il puisait de l’eau, elles l’entraînèrent dans la source. Hylas disparut et Héraclès, ne le voyant pas revenir, quitta les héros et se mit à fouiller la forêt en tous sens, appelant Hylas à grands cris. Les nymphes, craignant qu’Héraclès ne le trouvât caché parmi elles, transformèrent Hylas en écho qui répondit souvent aux cris d’Héraclès. Celui-ci, après avoir fait l’impossible pour retrouver Hylas sans y être parvenu, revint auprès du navire et s’embarqua avec les héros, mais il laissa Polyphème sur les lieux, pensant que celui-ci pourrait continuer les recherches et lui retrouver Hylas. Or, Polyphème mourut avant d’y parvenir. Les gens du pays offrent encore de nos jours des sacrifices à Hylas au bord de la source. Le prêtre l’appelle trois fois par son nom et trois fois l’écho lui répond.

(Trad. M. Papathomopoulos, Paris, Les Belles Lettres, 1968).

 

Exercice 2

Dans le cadre de notre travail sur l’éthopée ou prosopopée, j’ai proposé aux élèves de travailler sur le sujet suivant : « Paroles de Hylas enlevé par les nymphes ». Voici les travaux de Walid Ghalfi et d’Anthony Badiou, qu’il est intéressant de mettre en parallèle puisque les réactions attribuées au jeune héros lors de son enlèvement sont diamétralement opposées.

 

« À l’aide ! Venez m’aider, je suis là ! Alors, s’il vous plaît, libérez-moi. De toute façon mes hommes doivent être déjà en train de me chercher, cela fait deux heures que je devais amener de l’eau. Oh ! Bon, très chères nymphes, je vous propose un marché, vous me relâchez et je vous passe toute ma fortune. Quoi ! Même de ma fortune, vous n’en voulez pas ! Que voulez-vous ? N’avez-vous pas honte d’abuser du jeune homme que je suis ? Ha bah, je vous l’avais dit, entendez-vous ces cris ? Ce sont mes hommes, ils me cherchent, dans moins d’une demi-heure vous serez toutes mortes et moi libre : libérez-moi maintenant et tout ira bien. Non, vous n’allez quand même pas me transformer, en quoi même ? Quoi ! En écho ? Ce n’est même pas vivant ! Non ! Non ! Haaaa ! »

 

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« Qu’est-ce qui m’arrive ? Je me sens comme attiré par le fond de cette rivière, ce n’est pas le courant, c’est… deux jeunes femmes qui, à première vue, sollicitent le désir en moi de ne pas me débattre… J’entends une voix lointaine, c’est celle d’Héraclès, pourquoi scande-t-il mon nom ? Je me sens si bien, j’aimerais rester ici jusqu’à la fin de mes jours. Je n’ai bientôt plus d’air, la voix se rapproche de plus en plus, trop tard : j’ai pris ma décision ».