Les Sphyrènes d’Alexandrie — La chronique de Cléopâtre-Alexandrine de Garamond

Prenons une bibliothèque d’Alexandrie avant J.-C. et une bibliothèque moderne. Nous remarquons aussitôt que la principale différence entre les deux modèles tient en un mot : musique.

 

musique, du grec Μουσική (= faire mumuse), cf. peut-être le suédois abba.

 

Alexandrie est le berceau de la musique contemporaine. Les plus grands succès d’aujourd’hui ne sont que d’insipides resucées de l’époque ptoléméenne. Les nuits de Londinium, Novum Eboracum ou Lutetia faisaient pâle figure à côté de celles d’Alexandrie, réputée pour sa faune nyctalope et cosmopolite. Calogerus Brisemenus et Pascalobispus junior, les principaux bardes de ce temps que les moins de MM ans ne peuvent pas connaître, déchaînaient les passions et enchaînaient discus aureus sur discus aureus. Claudius Franciscus enregistra au César Palace son plus grand succès, Les sphyrènes du port d’Alexandrie, qui divisa la critique de l’époque : G. Lefortus, de son stylet assassin, qualifia l’opuscule d’ampoulé tandis que Davus l’appréciait plutôt (il s’agit du fameux Davus qui se vit un jour refuser l’entrée des thermes branchés Canalplus sous prétexte qu’il avait pris du poids, et rembarra le janitor d’un « Davus sum, non adipes » que l’on trouve dans tous les Gaffiot). Le préfet d’Alexandrie, consterné par ce déferlement de décadence, répliqua et lança avec succès un barde local, Ζωρζ Μουστακί, au phrasé homérique, mais connut de graves déboires avec le barde germain Claudius Nomis.

 

La bibliothèque d’Alexandrie s’intéressa très tôt à la scène locale et chercha à mettre à disposition du public cultivé les joyaux de la musique contemporaine. P. Marconus, le discothécaire de l’époque, tenta de résoudre le problème de la conservation de ce patrimoine sonore. Il forma des eunuques à l’ars memoriae mais, je vous le demande, comment stocker des eunuques dans des conditions optimales, comment assurer leur reproduction sur support viable à destination des générations futures ? Ce problème de l’obsolescence des supports persiste aujourd’hui encore.

 

Restait évidemment la question morale de la lasciva saltatio qui ravageait les reins de la jeunesse durant les folles années de l’occupation romaine. Préoccupé de moralité publique, le préfet de l’époque grava décret sur décret, sans pouvoir enrayer l’épidémie. Les gazettes alexandrines, comme Papyri-Match, regorgeaient de hiéroglyphes explicites illustrant les pratiques scandaleuses des Adonis d’alors, « qui s’épilaient le †… † à la pierre ponce », selon un chroniqueur tardif digne de foi, et engloutissaient des amphores d’alcool sarmate et calédonien avant de terminer au petit matin dans les rues de la capitale, travestis en Helvètes undergound ou en Pompée de carnaval. Ces trésors, hélas, disparurent à jamais avec leur fragile support dans l’incendie de la bibliothèque.

 

C’est pourquoi les bibliothèques d’aujourd’hui sont grandes (en particulier l’excellente BNF, qui archive précieusement les vinyles de la grande époque du music-hall), alors que la bibliothèque d’Alexandrie avant J.-C., qui ne disposait même pas d’un mange-disque pour cataloguer dignement Juju amorosus de Dalida, demeure très surfaite.

 

 

 

Bibliographie :

Pétrone, Satyricon, tr. Oliviers Sers. Paris : Les Belles Lettres, 2001.  

Des lyres et cithares : musiques & musiciens de l'Antiquité / précédé d'un entretien avec Annie Bélis ; textes réunis et présentés par Séline Gülgönen Paris : Belles Lettres, 2010.  (Signets ; 10). 

 

 

 


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