Nostos

Amis des classiques sortons du chaos !

La vie des Classiques reprend son cours avec enthousiasme, après cette période de confinement qui nous a plongés tous et tout entier dans le marais noirâtre de tout ce que nous ne savions pas sur le monde et sur nous-même, rendus petits, craintifs et chétifs par un infiniment plus petit que nous. C’est tout le corps social qui est tombé malade et ressort timidement aujourd’hui, à petit pas, apprenant à nouveau à respirer, à se déplacer, à échanger.

Comment sortir de ce chaos, relever la tête alors que l’échine courbée, bâillonnés par un masque, nous sommes accablés de soucis et de contraintes contraires à la liberté et à la joie de vivre ? Comment, autant que la santé physique retrouver notre santé et notre dignité psychiques  ?

Il existe, écrivait Jacqueline de Romilly dans son livre Le Jardin des mots une  santé et une hygiène de la langue. C’est à ce même soin que nous invite Andrea Marcolongo dans son dernier ouvrage, Etymologies pour survivre au chaos, un livre qui vient à point nommé et traite des mots avec la liberté, la gravité et la poésie qui lui sont propres.

Ceux qui croient que recourir à l'étymologie pour déchiffrer la réalité est un passe-temps inoffensif ou une perte de temps, seront déçus : l'étymologie a toujours signifié militantisme et résistance à la fois. Aux accidents de la vie et aux taches du monde, dit-elle dans l’entretien lumineux qu’elle a accordé à La Vie des Classiques.

Les écrivains ont le talent de trouver des mots qui sont universels mais nous avons tous le pouvoir et peut-être le devoir de trouver les mots justes, c’est-à-dire ceux qui sont les nôtres.  Trouvez les mots pour nous dire est un effort considérable, une vertu quasi, le devoir de tirer quelque chose de bon de toutes ces pensées qui assaillent parfois littéralement notre tête jusqu’à la faire fondre, comme si elle était faite d’un quelconque métal et non de neurones et de synapses, lorsque nous sommes égarés, dépaysés, oublieux de notre but et de la destination, écrit encore A. Marcolongo.

En grec le chaos s’écrit χάος, il désigne la béance initiale qui a précédé le monde : la première lettre, χ, rappelle la forme du ciseau, le ciseau avec lequel nous découpons le réel, le sculptons ou l’abimons à partir de toutes nos impressions et de nos émotions, chaotiques et sans noms. Chaque fois que nous ouvrons la bouche nous créons un monde de mots, éléments du cosmos en devenir nous partageons avec lui la faculté à ordonner le chaos, personnel ou historique en articulant nos mots, pour créer, pour rêver mais aussi pour agir et bâtir à notre échelle notre domaine, notre monde, un monde précieux ou un monde de pacotille. C’est à nous d’y veiller tout particulièrement car ce sont notre liberté et notre dignité qui sont en jeu.

Amis des Classiques sortons du chaos : changeons nos maux en mots !