OMNIA VINCIT AMOR

 

Logo Édito Singe Bleu   Amis des Classiques, soyons licencieux !

 

 

 

 

Dans une émission radio récente, il était question d’une vieille et tumultueuse liaison française, la réforme de l’orthographe. Invité, le sublime Bernard Pivot y apostrophait la langue en suggérant de poser un trémulent tréma sur le « i » de « jouir », en hommage à celui de coït qui, selon le magister, symbolisait l’union des corps : en matière de langue et d’amour, il est doublement à propos de se permettre un peu de licence.

 

 

Amis des Classiques, licenciés, amoureux des Lettres, soyons licencieux ! À toutes les hypothèses sur l’histoire du mot lutiner, ajoutons-en une supplémentaire, farfelue mais combien évidente : lutiner vient de latiner, c’est-à-dire parler latin. En effet, si le nom latin de Rome, Roma, est l’anagramme de amor, l’amour, ce n’est pas pour rien. Les Romains, par exemple, étaient si fascinés par le baiser qu’ils possédaient trois mots pour désigner trois sortes d’embrassements : osculum, le « bisou », basium, le « baiser » et suauium, le « baiser avec la langue ». C’est aussi à Rome que se trouve l’origine de la fête internationale des commerces en tous genres, la saint Valentin. Au pied du mont Palatin, la grotte du Lupercal, où furent allaités les jumeaux fondateurs de la cité Romulus et Rémus, abritait des cérémonies célébrant l’amour, mais selon des pratiques particulières. Tous les ans au mois de février (et aussi de nos jours au Costa Rica, comme l’atteste cette étrange vidéo), avaient lieu des fêtes nommées les Lupercales. Y participaient les Luperques, des prêtres, mais aussi les femmes souhaitant avoir un enfant dans l’année. Après avoir sacrifié un bouc sous le figuier ruminal, les prêtres — car en ce temps-là les prêtres étaient autorisés à être ouvertement lubriques — avaient pour pieux office de courir dénudés dans les rues de Rome afin de fouetter les aspirantes à la maternité. Pour ce faire, ils étaient armés de branchages et de lanières de cuir : autant d’instruments aptes à faire crier plus d’une matrone polissonne. Nul ne doute que les cérémonies avaient tout pour dégénérer ! Il fallut un pape, Gélase, pour mettre fin aux débordements : pour remplacer ces pratiques licencieuses quoique festives, car il savait bien qu’il serait impossible de priver les hommes de fête, il décida que ce serait l’amour sacré et non plus l’amour profane qui serait célébré à la mi-février. Il trouva pour l’occasion un saint, garant des liens matrimoniaux et célébrant des mariages secrets, enfreignant les ordres de l’empereur qui avait interdit le mariage aux soldats. L’aspirant à la sainteté s’appelait Valentin.

 

 

Amis des Classiques, après quelques œillades en bibliothèque, goûtons à toutes les sortes de baisers, plongeons jusqu’aux oreilles dans la bacchanale scandaleuse de Wagner et, puisque omnia vincit amor, posons les armes et laissons-nous vaincre de caresses.

 

Amis des classiques usons de nos cinq sens et soyons licencieux !