Remedia morbis - VII. Anthologie de textes contre les rides

Tous les quinze jours, Nicola Zito vous invite à découvrir les remèdes médicaux les plus curieux des Anciens, entre science, magie, astrologie et superstition. Libre à vous de les expérimenter !

1. Paul le Silentiaire, Anthologie grecque, V, 258.

Philinna, une “belle vieille”

Tes rides, Philinna, valent mieux que la sève de n’importe quelle jeunesse et je suis quant à moi beaucoup plus avide de tenir dans mes mains tes pommes plongeant de la pointe que les seins bien droits d’une fille encore dans le jeune âge. Ta fin d’automne est supérieure encore au printemps d’une autre et ton hiver plus chaud que son été.

Anthologie grecque. Tome II : Anthologie palatine, Livre V, éd. par J. Guillon, J. Irigoin, P. Waltz, Paris, Les Belles Lettres, 1929, p. 114.

 

2. Aetius d’Amide, Livres de médecine, VIII, 6 (CMG VIII/2, p. 408, l. 18-21).

Les conseils de beauté d’une reine

Autre détergent de la reine Cléopâtre, coûteux et exhalant une odeur agréable. 1 once chacun de coste[1], de myrrhe troglodyte[2], d’iris, de fleur de nard, d’amome, de mercuriale, de casse, de fleur de jonc, 4 livres de myrobolan[3], 2 livres d’aphronitre[4], utilise une fois haché et tamisé ; il est efficace pour tout le corps.

Trad. A. Guardasole, « Galien de Pergame et la transmission des traités anciens de cosmétique », dans V. Boudon-Millot & M. Pardon-Labonnelie (éd.), Le teint de Phrynè. Thérapeutique et cosmétique dans l’Antiquité, Paris, 2018, p. 43, n. 49.

 

3. Ovide, Les produits de beauté pour le visage de la femme, v. 51-100.

Les conseils de beauté d’un poète

Eh bien, lorsque le sommeil aura détendu vos membres délicats, par quel moyen donner de l’éclat à la blancheur de votre teint ? Prenez de l’orge que les cultivateurs de Lybie ont envoyée par mer. Dépouillez-la de sa paille et de ses enveloppes. Ajoutez une égale quantité d’ers, délayé dans dix œufs ; de toute façon que le poids de cet orge mondé soit de deux bonnes livres. Quand ce mélange aura été séché au souffle de l’air, portez-le, sous une meule rugueuse, pulvériser par une ânesse lente. Broyez aussi de la corne vive du cerf, celle qui tombe la première ; mettez-en un sixième de livre. Ensuite, quand le tout sera mélangé en une farine bien menue, passez immédiatement dans un tamis à mailles très serrées. Ajoutez douze oignons de narcisse sans écorce, pilés d’une main vigoureuse dans un mortier de marbre bien nettoyé, puis deux onces de gomme avec de la farine de froment de Toscane, sans préjudice de neuf fois autant de miel. Toute femme qui enduira son visage de ce cosmétique le rendra plus brillant, plus lisse que son miroir.

N’hésitez pas non plus à griller de pâles lupins et en même temps faites cuire des fèves, ces graines gonflées ; des uns et des autres mettez également six livres ; faites écraser les uns et les autres par les meules noires. Ne manquez pas d’y ajouter de la céruse, de l’écume de nitre rouge et de l’iris d’Illyrie. Faites travailler le tout par des bras jeunes et vigoureux, et que les ingrédients ainsi broyés ne pèsent pas plus d’une once.

L’application de produits tirés du nid d’oiseaux plaintifs fait disparaître les taches de la figure : on appelle ces produits alcyoneum. Si vous voulez savoir la dose que je préconise c’est le poids d’une once divisée en deux parties. Pour lier et permettre de bien étendre sur le corps, ajoutez du miel doré de l’Attique.

Quoique l’encens apaise les dieux et leur courroux, il ne faut pas l’employer uniquement à brûler sur leurs autels. Mêlez-y du nitre qui rend les corps bien lisses, et employez, de chacun, le même poids, un tiers de livre. Ajoutez un morceau de gomme arrachée à l’écorce des arbres, mais plus léger d’un quart, et un petit dé de myrrhe grasse. Après avoir broyé le tout, passez dans un tamis fin et délayez cette poudre dans du miel. On s’est bien trouvé d’ajouter du fenouil à la myrrhe odorante (cinq scripules[5] de fenouil contre neuf de myrrhe), une poignée de roses sèches, et de l’encens mâle ainsi que du sel ammoniac. Sur ce mélange, versez de la crème d’orge, et que le poids du sel et de l’encens égale celui des roses. Appliqué, même peu de temps, sur un visage trop délicat, il en fera disparaître toutes les rougeurs.

J’ai vu une femme qui faisait tremper des pavots dans l’eau froide, les écrasait et s’en frottait les joues, à l’épiderme trop tendre.

Ovide, Les remèdes à l’amour. Les produits de beauté pour le visage de la femme, éd. par H. Bornecque, Paris, Les Belles Lettres, 19612, p. 52-53 (trad. modifiée).

 

4. Pline l’Ancien, Histoire naturelle, XXVIII, 183-184.

Les extravagances d’une V.I.P.

On croit que le lait d’ânesse efface les rides du visage et rend la peau douce et plus blanche, et l’on sait que quelques femmes s’en fomentent les joues sept fois par jour en observant bien ce nombre. Poppée, femme de l’empereur Néron, institua cet usage, utilisant même ce lait en bains et, pour cela, se faisait accompagner <en voyage> d’un troupeau d’ânesses. […]

Ceci va sembler frivole, mais ne doit pourtant pas être oublié en raison de l’importance qu’y attachent les femmes : l’osselet d’un bouvillon blanc, bouilli pendant quarante jours et autant de nuits jusqu’à ce qu’il soit liquéfié, puis appliqué dans un linge, entretient la blancheur de la peau et efface les rides. On dit que la bouse de taureaux rend les joues vermeilles, si bien que les onctions de crocodilée[6] ne font pas mieux, et l’on prescrit de se laver à l’eau froide avant et après.

Pline l’Ancien, Histoire naturelle. Livre XXVIII, éd. par A. Ernout, Paris, Les Belles Lettres, 1962, p. 84

 

5. Pline l’Ancien, Histoire naturelle, XXXII, 84-87.

Remèdes pour la peau… des sirènes !

La cendre de la coquille des murex ou des coquillages à pourpre efface les taches sur le visage des femmes, si on l’applique avec du miel ; elle déride et déplisse la peau, si on l’applique pendant sept jours, de manière à faire, le huitième jour, une fomentation avec du blanc d’œuf. […] L’ichthyocolle[7] déride et déplisse la peau, lorsqu’elle a cuit dans l’eau pendant quatre heures et qu’ensuite elle a été écrasée et réduite en liquide semblable au miel ; ainsi préparée elle est enfermée dans un vase neuf ; pour s’en servir on en prend quatre drachmes de soufre, autant d’orcanète, huit d’écume d’argent ; on asperge d’eau et on broie le tout ensemble ; on applique ce produit sur le visage et au bout de quatre heures on l’enlève en lavant. On guérit aussi le lentigo et les autres taches de la peau avec la cendre des os de seiche. […]

Il y a une production de la mer qu’on appelle alcyoneum, venant, d’après quelques-uns, des nids des alcyons et des céyx[8] ; d’après d’autres, de la concrétion de l’écume crasseuse ; d’après d’autres, du limon ou d’une certaine substance laineuse produite par la mer. […] Celui qui est presque pourpre est le meilleur ; on l’appelle aussi milésien ; plus l’alcyonéum est blanc, moins il est estimable. Ces espèces ont la propriété d’excorier et de déterger. On les utilise après torréfaction et sans huile.

Pline l’Ancien, Histoire naturelle. Livre XXXII, éd. par E. de Saint-Denis, Paris, Les Belles Lettres, 1966, p. 50-51.

 

6. Plaute, Le revenant (Mostellaria), v. 273-278.

Des parfums qui ne parfument pas…

Scapha. – Par Castor, une femme sent assez bon quand elle ne sent rien. Vois ces vieilles qui se parfument de toute sorte de parfums, qui tâchent de se retaper ; décrépites, édentées, elles veulent sous une couche de fard cacher les défauts de leur personne ; mais quand le relent de la sueur se mêle à leurs parfums, l’odeur qu’elles dégagent alors ressemble à ces mélanges de sauces que font parfois les cuisiniers. On ne sait ce qu’elles sentent, sinon qu’elles sentent mauvais.

Plaute, Mostellaria – Persa – Poenulus, éd. par A. Ernout, Paris, Les Belles Lettres, 1937, p. 31.

 

7. Ovide, Les remèdes à l’amour, v. 351-357.

Des produits de beauté qui tuent le désir

Tu peux encore, – foin de la pudeur ! – venir contempler le visage de ta maîtresse, au moment où elle l’oindra de poisons préparés : tu trouveras des boîtes et mille couleurs diverses et l’œsope[9] coulant gras sur ses seins tièdes. Ces drogues ont l’odeur des mets que tu servais, Phinée ; ce n’est pas une seule fois, qu’elles m’ont donné la nausée.

Ovide, Les remèdes à l’amour. Les produits de beauté pour le visage de la femme, éd. par H. Bornecque, Paris, Les Belles Lettres, 19612, p. 22.

 

 

[1] Racine de Saussurea lappa Clarke (κόστος).

[2] Gomme-résine du Commiphora Myrrha Engl. (τρωγλῖτις).

[3] Gland parfumé, noix de ben (μυροβάλανος).

[4] Écume de nitre (ἀφρὸς νίτρου / ἀφρόνιτρον).

[5] Unité de poids correspondant à la 24e partie de l’once.

[6] C’est la fiente du stellion, lézard venimeux qui habite les lieux arides de l’Orient méditerranéen. Elle se récoltait principalement dans les interstices des pierres des pyramides. On l’employait surtout comme fard.

[7] Colle de poisson.

[8] Autre dénomination des alcyons, tirée du nom de Céyx, époux d’Alcyone qui fut métamorphosé en oiseau.

[9] Fard à base de suint.


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