Sunt lacrimae rerum

 

Die Lunae 16° mensis Novembris

 

In primo cantu Aeneidos, Troianis naufragis iam in litore Lybico versantibus, dux Aeneas, comite Achate, in illius terrae interiora penetrat explorandi causa. In loco autem silvestri, ipsa Venus, quamvis fallaci aspectu virginis venatricis, nato suo fit obviam ; cum demum suam genetricem recognoverit heros,

 

et vera incessu patuit dea,

 

tum repente illa evanescit ; at quo facilius deinceps rem suam gerat, Aeneas a dea nube donatur qua involutus exordia Carthaginis clam incolas contempletur. Quos nanciscitur templo Junonis extruendo operam dantes naviter. Ibi, dum oculos pascuntur imaginibus sculptis quibus Troiae excidium figuratum est, pater et filius solacium quoddam accipiunt cum illos homines, qui tam longe a rebus Trojanis vixerint, eorum aerumnarum misereat :

 

Sunt lacrimae rerum et mentem mortalia tangunt,

 

ipse Achati suo dicit. Nempe si sunt homines quibus ita exosi simus ut nostrum quam maximam caedem facere constituerint, sunt alii vero qui lacriment.

Item in Gallia, cum Veneris die 13°, populum territandi gratia cladibus simul patratis nocte ineunte pluribus in locis urbis capitis, ante Gallicum stadium ubi Galla Germanaque turma pila pedibusque certabant, praeside Francisco Hollande spectatore, quas nationes Res Publica Mahumetana, horum facinorum sese auctricem declarans, ambas « cruce signatas » appellat, in auditorio quodam, «Commissatione » nomine, quod animo jucunditates Deliciarum Lutetiensium illius Offenbach praepostere evocat, tum hominum pleno, et postea in viis illum locum circumdantibus nonae decimaeque regionis territoribus terga vertentibus, insequenti biduo autem, imagines undique gentium oculis nostris propositae sunt in quibus homines praecipuarum regionum orbis terrarum memoriam Lutetiensium victimarum celebrabant :

 

Quae regio in terris nostri non plena laboris ?

 

dixisset pater Aeneas.

Plerique autem nostrum has res per alba televisionum computatoriorumve aut in actis diurnis rescivimus, quae instrumenta nobis eodem munere funguntur atque Aeneae tabulae sculptae in templo Carthaginiensi eodemque pacto nos involvunt velut nubibus quibusdam impedientibus quominus reapse rerum participes fiamus. Restant igitur lacrimae, praeter indignationem omnium bellorum.

Nosmet ipsi, dum haec scribimus, recordamur, tempore quo scholastici in Sorbonna essemus, in via Caronnae, in platea a Voltario nuncupata deambulare nos juvisse. Quare vos jubemus valere, o miseri nostrates, peculiari motu animi adfecti, quippe quorum vitae, quasi scintillae semel micantes et mox exstinctae in tenebris, necopinato et, quod tristius est, absurde exciderint, ea morte quam sibi, procella cum solus in rate in eo esset ut obrueretur, horruerat Ulixes (Odyssea, 5, v. 312) :

 

νῦν δέ με λευγαλέῳ θανάτῳ εἵμαρτο ἁλῶναι.

 

Sit vobis terra levis, ut in sepulcris legebatur antiquitus.

 

 

Il est des larmes pour toutes choses

 

Lundi 16 novembre

 

Au premier chant de l'Énéide, les Troyens ont fait naufrage sur le rivage de Lybie. Leur chef, Énée, accompagné d'Achate, s'aventure dans l'intérieur des terres. Dans un bois, Vénus, sous l'apparence trompeuse d'une jeune chasseresse, se présente à lui. Elle disparaît soudain au moment où il la reconnaît, « et sa véritable identité de déesse se manifesta dans sa démarche » ; mais, pour lui faciliter les choses, elle l'entoure d'une nuée afin qu'il puisse contempler incognito les débuts de Carthage. Il y trouve les habitants occupés activement à bâtir un temple à Junon. Là, sur une frise sculptée, a été représentée la chute de Troie ; ce spectacle apporte aux deux visiteurs une certaine consolation, puisque des hommes qui ont vécu fort éloignés de Troie ont eu pitié de leurs malheurs : « Il y a des larmes pour toutes choses, et le sort des hommes frappe l'esprit », dit Énée à son fils Achate. En effet, s'il existe des hommes qui nous haïssent au point de vouloir massacrer le plus grand nombre possible d'entre nous, il en est d'autres qui pleurent.

C'est ce qui s'est passé pour la France. Ce vendredi treize, des attentats terroristes, en début de soirée, ont ensanglanté simultanément plusieurs endroits de la capitale : aux abords du stade de France où se jouait le match de football France-Allemagne en présence du président François Hollande, deux pays que l'État islamique, qui a revendiqué les attentats, appelle « croisés» ; dans une salle de concert remplie de monde, le Bataclan, qui ne laisse pas d'évoquer à contre-temps la Vie Parisienne d'Offenbach ; puis dans les rues adjacentes des neuvième et dixième arrondissements, au moment où les terroristes se repliaient. Pendant le week-end qui a suivi, des images du monde entier nous ont montré, dans toutes les parties du monde, des gens qui rendaient hommage aux victimes parisiennes : « Est-il un pays sur terre qui ne soit déjà plein du bruit de nos épreuves? » eût dit Énée.

Ces événement, la plupart d'entre nous les ont vécu sur leurs écrans de télévision et d'ordinateurs ou en lisant les journaux. Ces moyens jouent pour nous le rôle que la frise de Carthage jouait pour Énée, et, par ces truchements, nous sommes de même enveloppés d'une nuée qui nous empêche d'être réellement partie prenante des événements. Il ne reste donc plus que les larmes, et l'indignation qu'il faut éprouver devant toute sorte de guerre.

Nous-mêmes qui écrivons ces lignes, nous nous souvenons que, du temps de nos études en Sorbonne, nous arpentions volontiers cette rue de Charonne et ce boulevard Voltaire. Aussi est-ce avec une émotion particulière que nous vous disons adieu, infortunés compatriotes dont les vies, étincelles à l'éclat fugace bientôt éteintes dans les ténèbres, ont été fauchées à l'improviste et, ce qui est encore plus triste, d'une façon absurde. Cette mort, c'est celle dont Ulysse, en proie à la tempête qui allait l'engloutir seul sur son radeau, avait eu horreur pour lui-même (Odyssée, V, 312) : « Et maintenant, il m'est échu de disparaître d'une mort pitoyable... »

Que la terre vous soit légère, lisait-on sur les tombeaux antiques.

 

Fabrice Butlen.

 

 


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