Entretien avec Pascal Charvet sur le rapport "Les humanités au cœur de l'école"

Pascal Charvet, helléniste, spécialiste de René Char, est agrégé de lettres classiques. Il a été professeur dans le secondaire, puis en classes préparatoires. Nommé Inspecteur général en 2003 sur une double mission en Lettres et en Théâtre, il est ensuite directeur de l’Onisep de 2008 à 2013, puis de 2013 à 2015, il est vice recteur de la Polynésie française.

Comment est née l’idée de ce rapport ?

               C’est à l’initiative du Ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer que ce rapport est né ainsi que la mission qui lui est liée. C’était aussi un engagement de campagne du Président de la République. Dès les premiers mois de son arrivée au Ministère, Jean-Michel Blanquer m’a sollicité ainsi que David Bauduin. En humaniste convaincu et déterminé, il souhaitait, après les années difficiles qu’avaient connues le latin et le grec, que tous deux retrouvent leur rôle majeur dans la formation des élèves. Nous lui sommes tous redevables de ce soutien fort. 

                L’idée de ce rapport est née aussi d’un constat objectif fait au Ministère de l’Education nationale. L’offre de l’enseignement des Langues et Cultures de l’Antiquité en France présente certes une singularité par rapport à celles des autres pays européens : la France est le seul pays à proposer à tous les élèves la possibilité de découvrir le latin et/ou le grec dans le cadre d’une option facultative. Mais cette exception française connaît son revers : les effectifs d’élèves baissent depuis plus de vingt ans. 

                Aujourd’hui, moins d’un élève sur cinq étudie le latin en cinquième ; la proportion tombe à un élève sur 25 en seconde, pour diminuer encore jusqu’à la terminale. Cette  baisse des effectifs, progressive et relativement contenue pendant des années, s’est sensiblement accentuée entre 2012 et 2016, notamment dans les établissements de l’éducation prioritaire. La rentrée 2017 a cependant permis de renverser la tendance, avec une hausse inédite depuis plusieurs décennies (+5,64% pour les effectifs d’élèves étudiant le latin et le grec dans les collèges de l’enseignement public). Cependant l’ensemble de la chaîne éducative est touché : faute d’étudiants, les départements universitaires sont en grave difficulté et le recrutement de nouveaux professeurs est devenu un point critique pour la discipline. La formation initiale est extrêmement inégale selon les académies ; la formation continue connaît la même hétérogénéité de l’offre, tant dans ses orientations que dans ses dimensions. 

                L’analyse objective de la situation révèle clairement que le latin et le grec sont en difficulté dans les collèges pour une bonne part parce que l’institution n’est plus en mesure de placer un professeur devant les élèves intéressés. En outre, les professeurs de Lettres classiques, bien souvent isolés dans leur établissement, voient leur part de service dédiée à l’enseignement du latin et du grec peu à peu s’amenuiser. Le droit formel d’une option accessible à tous se heurte donc à l’épreuve des faits. C’est à cette situation objective que le rapport et la mission entendent remédier. 

 

Quel est son but ?

                Mettre les humanités au coeur de l’école. Notre conviction est que l’approche par les Langues et Cultures de l’Antiquité, nourrie des réflexions et évolutions récentes, permet de nourrir et consolider une formation générale impliquant savoir, savoir-faire et savoir-être. Il s’agit de  faire ainsi  de l’étude des Langues et Cultures de l’antiquité un instrument efficace, pour que les élèves comprennent et approfondissent leur relation à la langue, au savoir et au monde.

                Le latin et le grec constituent en effet un foyer qui façonne notre langue et notre culture, et nous  offre un modèle d’intelligibilité pour notre modernité et nul ne conteste l’intérêt de ce modèle culturel. Mais j’aimerais mettre en avant particulièrement comme objectif ce  qui touche à la langue et qui parfois peut sembler pour les élèves rébarbatif. Ce serait oublier que la langue n’est pas seulement un des éléments d’une culture : elle est aussi l’instrument majeur de sa construction. Et c’est à ce titre que le latin et le grec doivent s’apprendre certes pour eux mêmes, mais aussi pour mieux maîtriser le français. Ce devrait être un des objectifs prioritaires au collège notamment que de pratiquer une approche comparative simple du latin et du grec avec le français et ce notamment pour les élèves qui viennent de milieux où les différents codes linguistiques et culturels ne sont pas nécessairement acquis pleinement. Cette aptitude à la comparaison rend plus agiles et précis les élèves. Les professeurs, les parents et les élèves savent de plus en plus que les classes de latin et de grec sont restées des espaces privilégiés où peut encore s’enseigner la grammaire française de manière analytique et maîtrisée. 

                Nous savons tous combien l’étude de la grammaire latine ou grecque favorise la réelle compréhension de la structure de la langue française et du discours. L’apprentissage méthodique de ces langues, qui insiste sur la morphologie et la morphogénèse du lexique, l’identification nécessaire des fonctions pour la compréhension des phrases, et la valeur sémantique et justifiée des articulations syntaxiques, font de l’étude du latin et du grec  une école de rigueur et de liberté de la parole, indispensable à tous les élèves.

 Ajoutons que dans la mesure où tout rapport reste avant tout force de propositions, le souci du Ministre et du cabinet a été de le doubler d’une mission qui a pour objectif de travailler à la réalisation de celles des différentes préconisations du rapport qui ont été validées. 

 

Qu’est-ce qui va changer ?         

                Nous revenons de loin, et il faut d’abord comprendre que les pratiques et les mentalités ne changent pas en un jour. C’est un travail progressif de reconstruction qui va porter ses fruits dans le temps. Je souhaite que l’on attende la fin de l’année scolaire  2018/2019 pour porter un jugement sur l’action conduite.  Nous essayons pourtant d’avancer le plus rapidement possible et sommes aidés en cela  par la profonde mutation dans leurs méthodes et leurs formations qu’ont connue  nos disciplines. Depuis les années 1970, chercheurs et pédagogues en Langues et Cultures de l’Antiquité, en Sciences de l’Antiquité ou en Humanités classiques ont développé des approches plus globales et intégratives, nourries de l’anthropologie, de l’histoire des arts, de la linguistique comparée, et des liens renforcés avec l’étude des langues et cultures européennes. Les associations se sont développées et ont favorisé les initiatives dynamiques des professeurs en exercice, avec parfois un accompagnement local institutionnel.  Il importe aujourd’hui d'effectuer les changements nécessaires en s’appuyant sur eux.

                Ce qui va changer, c’est d’abord  la révision du CAPES de Lettres pour ce qui touche à l’option de Lettres classiques qui deviendra en 2019 un Capes Lettres-Lettres classiques (les textes sont en cours de parution). Nous avons  souhaité que le CAPES de Lettres Classiques retrouve un peu de son identité spécifique, ne serait-ce que dans la symbolique de son nom.  Nous avons proposé également une modification de l’épreuve écrite qui était devenue beaucoup trop complexe avec la multiplicité de ses attendus. Nous ne pouvons cependant  toucher à l’équilibre général du CAPES qui fait du CAPES de Lettres Classiques, à juste titre, aussi un CAPES de Lettres. Nous espérons fortement qu’avec une politique plus incitative dans le secondaire nous pourrons bénéficier d'un recrutement plus significatif. Mais ne nous leurrons pas, cela ne saurait avoir d’effet que d’ici au moins cinq à sept ans. Nous devons dans l’immédiat faire face à  un manque criant de professeurs  de lettres classiques dans les collèges. Et une fois qu’une section est fermée, elle est  rarement rouverte.                  

                C’est pourquoi l’interruption de  cette spirale de la déperdition d’effectifs à tous les niveaux de l’enseignement suppose de développer une formation et un recrutement élargis et accrus par la création d’une certification complémentaire latin ou grec  pour  les professeurs de Lettres modernes, d’Histoire, de Langues vivantes et de Philosophie, mais aussi de lutter résolument contre les stéréotypes que d’aucuns attachent encore à l’enseignement des LCA (élitisme, exigence, difficulté). Un tel défi concerne tous les publics : élèves, parents d’élèves, professeurs des autres disciplines, chefs d’établissement dont l’intérêt qu’il porte aux  langues anciennes est bien souvent l’élément  déterminant pour garantir la survie des sections.

                Il est temps  aujourd’hui de structurer pour le latin et le grec un enseignement renouvelé, qui permette d’articuler en profondeur les objectifs de formation à une maîtrise de la langue et de la culture françaises, à une conscience critique et anthropologique sur la diversité et les identités culturelles, et à une intégration réfléchie au cadre de vie et de développement professionnel et personnel dans le monde contemporain. Cet enseignement doit être ouvert à tous les élèves et notamment ceux des établissements REP et REP+, car il est un facteur éminent d’intégration sociale. 

                Nous  allons y parvenir :

-  en faisant en sorte que soit appréciée, dans le cadre des dialogues de gestion entre Ministère et Rectorats, la politique des académies en faveur des LCA ; des recommandations fortes sont données dans ce sens actuellement afin de corriger les dysfonctionnements existants. Je tiens  cependant à dire que beaucoup de chefs d’établissement ont veillé   à maintenir ces enseignements et qu'on peut les en remercier. La difficulté vient du fait que dans la dotation complémentaire existe  une certaine latitude pour ne pas  attribuer le nombre d’heures  nécessaires pour l’enseignement du latin, par exemple,  à savoir une heure en cinquième, trois heures en 4eme et trois heures en 3eme (1h/3h/3h). On voit encore des cas trop nombreux, où les horaires sont ramenés à 1h/2h/2h,  alors que les effectifs d’élèves sont importants. Il est difficilement acceptable que les professeurs qui ont des effectifs consistants  soient soumis à des  horaires aléatoires chaque année. Il y va de la légitimité de ces collègues, de la considération qu’on leur doit et de leur travail aussi. Cette disposition est un héritage de la réforme du collège du gouvernement précédent ; elle est   liée au  fait que les options de latin et de grec, après avoir été initialement supprimées ont été  transformées soudainement, devant le tollé général,  en options de complément.  A nos yeux,  la règle devrait être simple : en cas d’effectifs fragiles, on applique  effectivement une diminution d’horaires légitime soit 1h/2h/2h mais dès que les effectifs dépassent dix élèves on devrait attribuer les horaires pleins soit 1h/3h/3h. C’est dans ce sens que vont les recommandations. 

- en donnant sa pleine place à une formation humaniste renouvelée qui s’appuie sur les forces de l’offre française (latin ET grec, langue ET culture) : si le latin et le grec peuvent construire une formation pleine à la compréhension culturelle, c’est à la condition de prendre l’unité linguistique et culturelle comme un tout organique. 

- par un apprentissage progressivement approfondi du lexique, depuis le cycle 3 jusqu’au cycle terminal, en voie technologique comme en voie professionnelle, qui conduise les élèves à discerner, à travers l’étude étymologique, le concept derrière le mot et à tisser des réseaux de sens ; et qui leur permette aussi, en  associant des exercices simples de pratique théâtrale  à cette sensibilisation à l’étymologie, de mieux comprendre le sens  des mots  et des phrases en les adressant à d’autres.  C’est ainsi  que va se tenir le 22 mai  de cette année un séminaire national Apprentissage du lexique par l’histoire des mots  et par les pratiques théâtrales  qui doit être inauguré par le Ministre. Nous disposons de fiches ressources pour les professeurs  du cycle 3 de grande qualité et nombreuses. Ces fiches ressources pour les professeurs ont été faites par les professeurs et pour les professeurs de façon collaborative et grâce à la DGESCO, avec le concours d’experts comme Claire Le Feuvre, Arnaud Zucker, Jean François Cottier. Elles ont été testées dans les classes;  et durant le séminaire l’on pourra voir également les videos  réalisées dans les classes notamment avec Robin Renucci, mais aussi avec des professeurs des écoles volontaires pour travailler ainsi les mots à travers leur étymologie et les pratiques théâtrales, et ce notamment  à Aubervilliers. Ce séminaire sera donc celui d’un enrichissement fort des pratiques d’apprentissage du lexique  et marquera un tournant important dans la didactique grâce aux interventions de Jean Pruvost, lexicologue et de Loic Depecker, délégué général à la langue française.    

- par une approche anthropologique au lycée, grâce à laquelle les élèves aborderaient, à travers la lecture des grands textes de la culture antique des notions clés et des problématiques de société avec le recul historique et les outils du comparatisme : ils développeraient ainsi leur culture et leur esprit critique.  Aussi le futur enseignement  de spécialité Humanités, Littérature  et Philosophie, pourrait-il intégrer pour une part et de cette manière  la littérature et la philosophie antique.

`- par l'ouverture au latin et au grec pour tous qui va prévaloir dans tous les aspects relatifs à la discipline : la promotion d’un droit au voyage culturel pour tous les élèves, le développement d’un festival européen du latin et du grec  de Lyon accessible à tous et qui sera inscrit  au Plan National de Formation,   comme un événement  fort ouvert aux élèves, aux professeurs, au grand public à l’instar des Rendez-vous de l’Histoire de Blois.

- par la présence beaucoup plus forte du latin et du grec dans les Réseaux d’éducation prioritaire.  Le développement des Humanités au cœur des Réseaux d’Education Prioritaire est en effet un facteur d’intégration, de brassage social et de réussite, à l’instar des classes bi-langues, car  la présence d’options de ce type dans des zones défavorisées incite les parents de la classe moyenne à y laisser leurs enfants

 - par  la création d’une grande Maison numérique des Humanités, pour les élèves, les parents, les étudiants et  les professeurs qui trouveraient en cette plateforme un outil moderne et efficace d’information et de  formation. Cette Maison numérique des Humanités  sera à destination non seulement des enseignants et des élèves  des Langues et Cultures de l’Antiquité, mais aussi, de toute la communauté pédagogique qui souhaiterait, même ponctuellement, s’appuyer sur les ressources en culture classique. Elle  verra le jour à la fin de cette année 2018 et sera conçue comme un réseau collaboratif accompagné par des modérateurs institutionnels et destiné à agréger et organiser les ressources en un domaine web unique de consultation et de projets, favorisant les pratiques innovantes et les collaborations sans frontières. Cette Maison  sera une invitation à naviguer dans l’espace et dans le temps.    

 

Qu’est-ce qui va rester identique?

                Je dirai que tout est appelé à  évoluer  et tant mieux. Car nous ne prouverons la contribution fondamentale des humanités à la formation des élèves qu’en avançant et en innovant. Si la paideia, à la fois éducation et culture, reste bien  sûr  identique dans ses principes, nul doute  qu’elle est appelée à s’enrichir grandement afin de  redessiner aux yeux des élèves un univers méditerranéen qui dépasse les discours colonialistes et post-colonialistes. La Méditerranée doit être pour eux un  horizon commun, non seulement pour les langues anciennes et leur apprentissage (le latin et le grec principalement, sans oublier l’araméen, le syriaque, le punique et le libyco-berbère), mais pour toutes les langues de l’Europe issues du latin, enrichies par le lexique grec, et également pour toutes les langues issues des temps anciens et qui sont encore vivantes aujourd’hui, telle la langue berbère au Maghreb. Car l’apprentissage du latin et du grec concerne  tous les élèves qui ont un lien avec la Méditerranée, originaires de la rive méridionale ou orientale, et présents dans l’école de la République. Les chantiers devant nous sont  donc immenses. C’est pourquoi par ce retour aux origines et  à l’intérieur d’une permanence nécessaire, nous allons  cependant vers un enseignement profondément revisité. 

 

Comment articuler  la revalorisation des LCA prônée par ce (très) beau rapport avec l'obligation qu'auront les élèves de 1e du futur bac de choisir une seule option (donc latin OU arts OU eps OU...) ? Cela ne risque-t-il pas de briser l'élan du cycle 4 ?

Oui cette inquiétude  était fort légitime, c’est pourquoi dans les arrêtés à venir il est  prévu que le latin et le grec puissent être pris en sus d’une autre option. Cela permettra d’éviter par exemple qu’un élève au profil  scientifique qui veut prendre une option scientifique soit contraint d’abandonner le latin ou le grec. De plus un nouvel enseignement de spécialité "Littérature et Langues et cultures de l’Antiquité". vient d’être créé Jeudi 12 avril. Le latin et le grec sont donc bien valorisés dans la réforme du Lycée.

 

Comment envisager une nécessaire rénovation pédagogique (évoquée dans le rapport par le point sur le texte authentique) sans modifier en profondeur les programmes actuellement en vigueur?

                Les programmes devront en effet être harmonisés avec les nouveaux objectifs. Pour le collège, il faudra que dans le souci d’une étude comparative de la langue française, avec les langues latines et grecques que le spectre  linguistique des programmes de langue soit plus large. Mais surtout il faut se défaire de cette obsession mortifère du texte authentique. Apprend-on l’anglais dans Shakespeare?  S’il est clair que les grands textes doivent être lus, traduits et commentés, assez tôt dans la scolarité des élèves, on doit cependant, pour faciliter l’étude de la langue et sa compréhension, accepter soit des aménagements et des appareillages de ces textes  soit   de se  servir de textes  simples fabriqués ad hoc, que l'on puisse lire en lecture cursive comme un miroir du texte français et aller ensuite peu à peu vers des textes  plus complexes. C’est ainsi que faisaient les latins pour apprendre le grec et les grecs pour apprendre le latin dans leurs  Colloquia bilingues. L’efficacité doit impérativement l’emporter sur le dogme.

 

Comment se prémunir de "lecture" partielle des recommandations par les CDE, qui ont en tête depuis une quinzaine d'années le statut d’option des LCA, donc de marge, donc de variable d'ajustement ?         

                En prévenant, si le dysfonctionnement est avéré, son Inspecteur pédagogique de référence. 

 

Pensez-vous que les horaires de LCA seront un jour fléchés pour permettre aux chefs d’établissement de ne pas avoir à faire de choix entre les matières ? Pourquoi ne pas préconiser le fléchage des heures? 

                Dans un premier temps il me semble nécessaire de voir si  en fonction des dotations  existantes, les horaires  nécessaires (1/3/3)  lorsqu’il y a des effectifs suffisants, ont été respectés. Le bilan  sera tiré  en juin de cette année, car des correctifs sont en train d’être apportés. Si le bilan de juin était négatif, ce que je n’espère pas, il faudrait en tirer les conséquences.  

 

Le Latin a-t-il des chances de survivre au Lycée quand la réforme minore la place et le poids des options ?

                Oui car il peut être pris en sus d’une autre option et ne se trouve donc pas  de fait minoré.

 

A l'heure où le constat sur la baisse de maîtrise du français des élèves à l'entrée en 6e est acquis et la volonté affichée de remettre les langues anciennes à l'honneur est réelle, une heure de latin obligatoire en 6e serait une réponse pertinente à chacune de ces problématiques peut-on l'espérer pour la rentrée prochaine?

                Cela serait assez cohérent. Et rendre le latin obligatoire est  ce vers quoi sont allés  d’autres pays d’Europe.  La tendance en effet dans les pays européens est en ce moment de renforcer l’enseignement des Humanités et en particulier du latin. Il est déjà  dans certaines classes  obligatoire, comme en Espagne, en Italie, en Allemagne et maintenant  il va l'être en Belgique. La Belgique par exemple considère que l’étude comparée de la langue maternelle (le français) et du latin est le plus sûr  chemin pour assurer une maîtrise du lexique et de la syntaxe. Les Belges n’hésitent pas ainsi à rendre le latin obligatoire dans l'enseignement général et technique.

                Les choses sont plus complexes en France où l'enseignement du latin  est optionnel  pour tous a priori - ce qui est notre particularité et interdit de facto l’obligation.   

 

En lycée, le latin pouvait faire l'objet d'une enseignement d'exploration. Il semble que ces enseignements disparaissent.Quelle(s) forme(s) prendra désormais le latin en 2de

                Le latin retrouve son plein statut d’option facultative. 

 

Et maintenant, que faire?

                Ne jamais renoncer. Tenir bon, car redonner toute sa place à une formation humaniste renouvelée dans l’enseignement me semble la manière la plus efficace de répondre aux exigences de l’enseignement d’aujourd'hui. C’est la seule raison qui doit nous motiver et non les intérêts de chapelle. Il manque en effet dans notre système éducatif où l’école ne doit plus être un espace élitaire de reproduction, mais un lieu « démocratique » de formation intellectuelle et de qualification sociale, un espace d’enchantement,  où  notamment la mythologie, l’histoire des mots parlent à l’imagination des élèves . Mais il manque aussi un« foyer » d’apprentissage qui donne un cadre et une cohérence globale à leur formation, conçue comme une initiation culturelle aux codes, aux savoirs et aux pratiques. Les Humanités classiques sont en mesure de combler ces manques et de donner à tous les élèves les codes, linguistiques et culturels  nécessaires  pour une intégration réussie.  Il faut entraîner l’adhésion, convaincre les acteurs clés du système éducatif : les élèves, les enseignants, les directeurs d’école, les principaux et les proviseurs, mais aussi les familles des élèves ainsi que l’ensemble de la société civile. Mais surtout  apprendre aux futurs professeurs à  faire aimer les Humanités - ce qui n’exclut pas une distance critique- comme  déjà Victor Hugo se souvenant de ses années d’élève le demandait avec éloquence  :

Un jour, quand l'homme sera sage,
Lorsqu'on n'instruira plus les oiseaux par la cage….
Et que le plein midi rayonnera pour tous,
Savoir étant sublime, apprendre sera doux.
Alors, tout en laissant au sommet des études
Les grands livres latins et grecs, ces solitudes
Où l'éclair gronde, où luit la mer, où l'astre rit,
Et qu'emplissent les vents immenses de l'esprit, 
C'est en les pénétrant d'explication tendre,
En les faisant aimer, qu'on les fera comprendre.
Homère emportera dans son vaste reflux
L'écolier ébloui ; l'enfant ne sera plus
Une bête de somme attelée à Virgile ;
Et l'on ne verra plus ce vif esprit agile
Devenir, sous le fouet d'un cuistre ou d'un abbé,
Le lourd cheval poussif du pensum embourbé.
 …. et dans l'ombre on verra disparaître
L'éternel écolier et l'éternel pédant
.
 
                                             Paris, mai 1831.

VICTOR HUGO, Les Contemplations (1856)
Livre premier (Aurore), "A propos d'Horace".

 

 

 

 


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