Rue de la Sorbonne - La langue géniale…d’Une Odyssée

Les classiques sont bien vivants entre les murs de la vieille Sorbonne, où latinistes et hellénistes continuent d’inscrire les temps anciens au sein du monde moderne !

Daniel Mendelsohn avait déjà mis en lumière dans Les Disparus l’importance décisive qu’avait eue pour lui la structure circulaire du récit homérique qui par cercles concentriques permet de comprendre un personnage, son histoire, les mobiles de ses actes. C’est ainsi qu’emboîtant le pas à son grand-père dans la terrible spirale de son histoire familiale brisée pendant la seconde guerre mondiale, il avait tourné et retourné autour des histoires singulières de ses aïeux pour aboutir à la révélation de l’effroyable vérité en faisant dialoguer des langues et des littératures, en l’occurrence l’épopée homérique, les commentaires de Rachi au Pentateuque et les témoignages contemporains sur l’histoire du XXe siècle. En exégète passionné d’Homère, il nous livre avec Une odyssée, un père, un fils, une épopée une lecture personnelle des rapports entre les héros de l’épopée, avec une prédilection pour les rapports père/fils comme le laisse entendre le sous-titre : ainsi, pourquoi Télémaque part-il au chant II ? Que cherche-t-il à apprendre de son père, ce "héros" qui, comme le fait remarquer avec une virile sévérité le père du narrateur, ne cesse de pleurer ? Il faut préciser que le séminaire de première année que Mendelsohn a consacré à l’Odyssée à Bard College comptait dans ses rangs un auditeur particulier, en la personne de son propre père ! Bien sûr, Mendelsohn exprime sa fascination pour la langue grecque qui a inventé « le duel, la voix moyenne, la valeur d’aspect des temps, les minuscules augments qui permettent de faire des bonds dans le temps », mais sa passion, c’est le récit et l’universalité des ressorts qui l’animent, au point qu’un homme du XXIe siècle peut se sentir si proche de Télémaque qu’il finira par entreprendre avec son propre père le voyage d’Ulysse. Les latinistes seront comblés puisque les rapprochements explicites ou suggérés avec l’Énéide et avec le héros de l’épopée latine, notamment dans ses relations avec son père Anchise, ne leur échapperont pas. Rien d’artificiel dans cette fusion de deux récits, de deux temporalités : chaque page est frappée au coin de l’intelligence et de la sincérité. Comment imaginer plus beau prolongement aux épopées antiques dans la littérature contemporaine? Nul doute que l’insertion des langues et des œuvres de l’Antiquité dans un dialogue entre des textes et les modes de pensée que séparent parfois de très nombreux siècles, contribuera davantage à sortir les langues anciennes de leur statut de curiosités réservées à quelques happy few que la nostalgie d’une époque révolue où la fascination pour l’optatif et les verbes en –mi allait de soi !


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