Un jour, un mythe - Aux Muses

Chaque jour, un nouveau mythe à dévorer dans votre calendrier de l'avent mythologique ! Retrouvez-les tous dans la Bibliothèque mythologique idéale ! Par Laure de Chantal

Pour commencer, chantons les Muses Héliconiennes, reines de l’Hélicon, la grande et divine montagne. Souvent, autour de la source aux eaux sombres et de l’autel du très puissant fils de Cronos, elles dansent de leurs pieds délicats. Souvent aussi, après avoir lavé leur tendre corps à l’eau du Permesse ou de l’Hippocrène ou de l’Olmée divin, elles ont, au sommet de l’Hélicon, formé des chœurs, beaux et charmants, où ont voltigé leurs pas ; puis, elles s’éloignaient, vêtues d’épaisse brume, et, en cheminant dans la nuit, elles faisaient entendre un merveilleux concert, célébrant Zeus qui tient l’égide, et l’auguste Héra d’Argos, chaussée de brodequins d’or – et la fille aux yeux pers de Zeus qui tient l’égide, Athéna, – et Phoibos Apollon et l’archère Artémis, – et Poséidon, le maître de la terre et l’ébranleur du sol, – Thémis la vénérée, Aphrodite aux yeux qui pétillent, – Hébé couronnée d’or, la belle Dioné, – Létô, Japet, Cronos aux pensers fourbes, – Aurore (Éôs) et le grand Soleil (Hélios) et la brillante Lune (Séléné), – et Terre (Gaia) et le grand océan (Okéanos) et la noire Nuit, – et toute la race sacrée des Immortels toujours vivants !
Ce sont elles qui à Hésiode un jour apprirent un beau chant, alors qu’il paissait ses agneaux au pied de l’Hélicon divin. Et voici les premiers mots qu’elles m’adressèrent, les déesses, Muses de l’Olympe, filles de Zeus qui tient l’égide : « Pâtres gîtés aux champs, tristes opprobres de la terre, qui n’êtes rien que ventres ! Nous savons conter des mensonges tout pareils aux réalités ; mais nous savons aussi, lorsque nous le voulons, proclamer des vérités. »
Ainsi parlèrent les filles véridiques du grand Zeus, et, pour bâton, elles m’offrirent un superbe rameau par elles détaché d’un laurier florissant ; puis elles m’inspirèrent des accents divins, pour que je glorifie ce qui sera et ce qui fut, cependant qu’elles m’ordonnaient de célébrer la race des Bienheureux toujours vivants, et d’abord ellesmêmes au commencement ainsi qu’à la fin de chacun de mes chants.
Mais à quoi bon tous ces mots autour du chêne et du rocher ? Or, sus, commençons donc par les Muses, dont les hymnes réjouissent le grand cœur de Zeus leur père, dans l’Olympe, quand elles disent ce qui est, ce qui sera, ce qui fut, de leurs voix à l’unisson. Sans répit, de leurs lèvres, des accents coulent, délicieux, et la demeure de leur père, de Zeus aux éclats puissants, sourit, quand s’épand la voix lumineuse des déesses. La cime résonne de l’Olympe neigeux, et le palais des Immortels, tandis qu’en un divin concert leur chant glorifie d’abord la race vénérée des dieux, en commençant par le début, ceux qu’avaient enfantés Terre (Gaia) et le vaste Ciel (Ouranos) ; et ceux qui d’eux naquirent, les dieux auteurs de tous bienfaits ; puis Zeus, à son tour, le père des dieux et des hommes, [que les déesses célèbrent en commençant comme en cessant leur chant] montrant comme, en sa puissance, il est le premier, le plus grand des dieux ; et en elles célèbrent la race des humains et celles des puissants Géants, réjouissant ainsi le cœur de Zeus dans l’Olympe, les Muses Olympiennes, filles de Zeus qui tient l’égide. C’est en Piérie qu’unie au Cronide, leur père, les enfanta Mnémosyne, reine des coteaux d’Éleuthère, pour être l’oubli des malheurs, la trêve aux soucis. À elle, neuf nuits durant, s’unissait le prudent (mêtieta) Zeus, monté, loin des Immortels, dans sa couche sainte. Et quand vint la fin d’une année et le retour des saisons, [les mois passant, comme de longs jours étaient accomplis] elle enfanta neuf filles, aux cœurs pareils, qui n’ont en leur poitrine souci que de chant et gardent leur âme libre de chagrin, près de la plus haute cime de l’Olympe neigeux. Là sont leurs chœurs brillants et leur belle demeure. Les Grâces (Charites) et Désir (Himéros) près d’elles ont leur séjour [au milieu des fêtes ; et leurs bouches, en un charmant concert, vont chantant les lois et glorifiant les sages principes, communs à tous les immortels, en un concert délicieux].
Et lors elles prenaient la route de l’Olympe, faisant fièrement retentir leur belle voix en une mélodie divine ; et, autour d’elles, à leurs hymnes, résonnait la terre noire ; et, sous leurs pas, un son charmant s’élevait, tandis qu’elles allaient ainsi vers leur père, celui qui règne dans l’Olympe, ayant en mains le tonnerre et la foudre flamboyante, depuis qu’il a, par sa puissance, triomphé de Cronos, son père, puis aux immortels également réparti toutes choses et fixé leurs honneurs. Et c’est là ce que chantaient les Muses, habitantes de l’Olympe, les neuf sœurs issues du grand Zeus, – Clio, Euterpe, Thalie et Melpomène, – Terpsichore, Ératô, Polymnie, Ouranie, – et Calliope enfin, la première de toutes.
C’est elle en effet qui justement accompagne les rois vénérés. Celui qu’honorent les filles du grand Zeus, celui d’entre les rois nourrissons de Zeus sur qui s’arrête leur regard le jour où il vient au monde, celui-là les voit sur sa langue verser une rosée suave, celui-là de ses lèvres ne laisse couler que douces paroles. Tous les gens ont les yeux sur lui, quand il rend la justice en sentences droites. Son langage infaillible sait vite, comme il faut, apaiser les plus grandes querelles. Car c’est à cela qu’on connaît les rois sages, à ce qu’aux hommes un jour lésés ils savent donner, sur la place, une revanche sans combat, en entraînant les cœurs par des mots apaisants. Et quand il s’avance à travers l’assemblée, on lui fait fête comme à un dieu, pour sa courtoise douceur, et il brille au milieu de la foule accourue. Tel est le don sacré des Muses aux humains. Oui, c’est par les Muses et par l’archer Apollon qu’il est sur terre des chanteurs et des citharistes, comme par Zeus il est des rois. Et bienheureux celui que chérissent les Muses : de ses lèvres coulent des accents suaves. Un homme porte-t-il le deuil dans son cœur novice au souci et son âme se sèche-t-elle dans le chagrin ? Qu’un chanteur, servant des Muses, célèbre les hauts faits des hommes d’autrefois ou les dieux bienheureux, habitants de l’Olympe : vite, il oublie ses déplaisirs, de ses chagrins il ne se souvient plus ; le présent des déesses l’en a tôt détourné.
Salut, enfants de Zeus, donnez-moi un chant ravissant.

Hésiode, Théogonie, v. 1 et suiv

 
 


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