Chroniques anachroniques - Héros des temps anciens et modernes

À un moment où l’information fuse de toutes parts, il nous a paru intéressant de l’ancrer dans des textes très anciens, afin que l’actualité et l’histoire se miroitent et s’éclairent dans un regard tantôt ou tout ensemble stimulant et amusé, songeur ou inquiet.

Dans notre présent désolant et ressassant, il est bon de garder en vue des modèles beaux, nobles et valeureux afin de franchir les épreuves, et d’avancer dans l’existence. La figure du héros, originalité de la mythologie grecque, tout en intriguant les philosophes, les mythologues, les historiens et les romanciers, passionne tout autant le public en quête d’idéal ou d’absolu. Héros par excellence, Héraclès, demi-dieu et héros-dieu, incarne les caractéristiques lumineuses de l’héroïsme et de cette catégorie considérée comme la meilleure (Iliade) parmi les Grecs. Le chœur de la tragédie d’Euripide, Héraclès, chante la geste en douze travaux du plus héroïque des héros.

 

(Χορός)

Αἲλινον μὲν ἐπ' εὐτυχεῖ

μολπᾷ Φοῖβος ἰαχεῖ

350 τὸν κάλλει φθιτόν, κιθάραν

ἐλαύνων πλήκτρῳ χρυσέῳ·

ἐγὼ δὲ τὸν γᾶς ἐνέρων τ'

ἐς ὄρφναν μολόντα, παῖδ'

εἴτε Διός νιν εἴπω,

εἴτ' (᾿Αμφιτρύων)ος ἶνιν,

355 ὑμνῆσαι στεφάνωμα μόχθων

δι' εὐλογίας θέλω.

Γενναίων δ' ἀρεταὶ πόνων

τοῖς θανοῦσιν ἄγαλμα.

Πρῶτον μὲν Διὸς ἄλσος

360 ἠρήμωσε λέοντος,

πυρσῷ δ' ἀμφεκαλύφθη

ξανθὸν κρᾶτ' ἐπινωτίσας

δεινῷ χάσματι θηρός.

Τάν τ' ὀρεινόμον ἀγρίων

365 Κενταύρων ποτὲ γένναν

ἔστρωσεν τόξοις φονίοις,

ἐναίρων πτανοῖς βέλεσιν.

Ξύνοιδε Πηνειὸς ὁ καλλιδίνας

μακραί τ' ἄρουραι

πεδίων ἄκαρποι

370 καὶ Πηλιάδες θεράπναι

σύγχορτοί τ' ᾿Ομόλας ἔναυλοι,

πεύκαισιν ὅθεν χέρας

πληροῦντες χθόνα Θεσσαλῶν

ἱππείαις ἐδάμαζον.

375 Τάν τε χρυσοκάρανον

δόρκαν ποικιλόνωτον

συλήτειραν ἀγρωστᾶν

κτείνας, θηροφόνον θεὰν

Οἰνωᾶτιν ἀγάλλει.

380 Τεθρίππων τ' ἐπέβα

καὶ ψαλίοις ἐδάμασε πώλους

Διομήδεος, αἳ φονίαισι φάτναις ἀχάλιν' ἐθόαζον

κάθαιμα σῖτα γένυσι, χαρμοναῖσιν ἀνδροβρῶσι

385 δυστράπεζοι·

πέραν δ' ἀργυρορρύτων ῞Εβρου

διεπέρασεν ὄχθων,

Μυκηναίῳ πονῶν τυράννῳ.

Ἄν τε Πηλιάδ' ἀκτὰν

390 ᾿Αναύρου παρὰ πηγὰς

Κύκνον ξεινοδαΐκταν

τόξοις ὤλεσεν, ᾿Αμφαναίας

οἰκήτορ' ἄμεικτον.

Ὑμνῳδούς τε κόρας

395 ἤλυθεν ἑσπέριον ἐς αὐλάν, χρυσέων πετάλων

ἄπο μηλοφόρον χερὶ καρπὸν ἀμέρξων,

δράκοντα πυρσόνωτον, ὅς <σφ'> ἄπλατον ἀμφελικτὸς

ἕλικ' ἐφρούρει,

400 κτανών·…

 

 

LE CHŒUR.-Ailinos est un refrain plaintif que Phébus entonne après un chant de victoire, en frappant de son plectre d’or sa cithare harmonieuse ; de même, en l’honneur d’Héraclès disparu dans les ténèbres de la terre et des enfers, qu’on doive l’appeler fils de Zeus ou rejeton d’Amphitryon, je veux tresser une couronne de chants qui célèbreront ses travaux. L’éclat de leurs hauts faits est la parure des morts.

            D’abord, il délivra le bois sacré de Zeus du lion qui l’infestait ; avec sa fauve dépouille, il enveloppa son dos, et sur sa tête blonde il mit la gueule terrible du monstre.

            Puis, c’est la race sauvage des Centaures de la montagne que son arc meurtrier fit tomber et périr sous des flèches ailées. Il en a pour témoins le Pénée aux ondes limpides, avec ses vastes plaines et leurs champs sans culture, les gorges du Pélion et le repaires de la montagne voisine, l’Homolé, d’où les Centaures, tenant des pins à pleine main, partaient pour leurs chevauchées conquérantes à travers la Thessalie.

            La biche aux cornes d’or et au dos tacheté, fléau des campagnes, tomba aussi sous ses coups et il en fit hommage à la déesse chasseresse, en son temple d’Œnoé.

            Il monta sur un quadrige et soumit à la bride les cavales de Diomède, qui, libres du mors devant leurs crèches rougies, broyaient sous leurs dents avides des aliments sanglants, horrible festin où elles se délectaient de chairs humaines. Il dut pénétrer au-delà de l’Hèbre aux flots argentés pour accomplir ce travail imposé par le roi de Mycènes.

Sur la plage que domine le Pélion, près du cours de l’Anauros, il tua de ses flèches Cycnos, le meurtrier des voyageurs, le farouche habitant d’Amphanées.

            Il arriva jusqu’au jardin où chantent les vierges Hespérides ; là pendaient à des rameaux d’or les pommes que sa main devait cueillir. Un serpent entourait l’arbre des replis de son dos fauve et en défendait l’approche ; il lui donna la mort. C’est alors qu’il descendit dans les profondeurs salées pour assurer aux rames des mortels une mer paisible.

 

 

Euripide, Héraclès, texte établi et traduit par L. Parmentier et H. Grégoire, Paris, Les Belles Lettres, 1976

 

Initialement roi et guerrier, le héros antique se révèle, outre par sa bravoure, par son face-à-face avec l’altérité, dans lequel sa vie s’intensifie avec l’imminence du danger, voire de la mort. Aux yeux de ses contemporains, c’est une force libératrice (Thésée qui libère Athènes du Minotaure ; Œdipe délivre Thèbes du sphinx ; Bellérophon libère la Lycie de la Chimère ; Persée élimine la Méduse…) Dans la mythologie gréco-romaine, le héros est un dispensateur de bien, le sauveur et le protecteur de la communauté, avec une sphère d’action variable. Au sein des cités antiques, il constitue un élément fédérateur, un lien avec un groupe ou une communauté civique, sur un territoire circonscrit. À ce titre, on lui rend un culte local et le héros a une fonction fondatrice dans la cité coloniale grecque. Leur présence est donc galvanisante. C’est pourquoi l’Antiquité n’hésitait pas à vouer un culte aux héros, analogique des cultes rendus aux dieux. Invoqués à côté des dieux, les héros se voient adresser la seconde libation lors des banquets. Selon W. Burkert, « ce qui fait le héros, c’est une qualité extraordinaire, quelque chose d’imprévisible et d’inquiétant ».

Les grands épisodes d’une histoire plus contemporaine n’ont pas manqué de figures héroïques : soldats, résistants, figures intellectuelles et scientifiques notables. À côté de ces héros qui se signalent, œuvrent, plus discrètement, les héros du quotidien, volontaires, personnes engagées et solidaires, forces de l’ordre, sans oublier les pompiers.

Tout récemment, nous avons été particulièrement touchés par l’histoire de l’un d’entre eux, Timothé (au beau nom grec). Nous voudrions faire de vous, pour ainsi dire, des Héraclès pour libérer son projet plein de sens. Nous vous laissons le découvrir et lui apporter votre soutien : https://defitim.fr/

 

Christelle Laizé et Philippe Guisard

 

 


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