Da Capo - Coro, le murmure de la foule

Coro est une symphonie chorale, où chacune des quarante voix est placée à côté d'un instrumentiste selon sa tessiture. Ce chœur-orchestre forme un paysage d'appels et de réponses, où des chants d'amour et de travail du monde entier alternent avec une strophe de Pablo Neruda, qui vient briser la fragile harmonie qu'on sentait poindre dans la pluralité des langues et des voix.

Luciano Berio a conçu ce chœur excentré à l'image du chœur tragique, il doit commenter l'action en cours, scander ses ruptures violentes. « Le sang dans les rues » du poème de Neruda surgit donc à chaque fois dans une grande clameur dissonante. Le cycle de la violence semble disloquer fatalement les notes d'espoir. Mais le chœur reprend alors tout son sens politique, et se fait cosmopolitique. On y entend la rumeur d'une cité globale, avec ses dialogues et ses conflits. Pour Berio, ces voix sont « comme des graffitis sur le mur harmonique de la cité » : dans le murmure de la foule, elles s'assemblent sans se ressembler.

J.T.

 

Luciano Berio, Coro, pour quarante voix et orchestre (1976), donné le 11.12.2017 à la Philharmonie de Paris, avec l'Ensemble Intercontemporain, l'Ensemble Aedes et l'orchestre du CNSMDP, sous la direction de Matthias Pintscher. On trouvera de nombreuses informations sur l'œuvre et le compositeur à cette adresse

–    Meier, Christian, De la tragédie grecque comme art politique, traduit par Marielle Carlier, Belles Lettres, Paris, 1991.

 


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