L'Affaire Agathonisi – Le troisième chapitre de Georges. Philio dans les pattes de l’émir

 

Un nouvel extrait de L'Affaire Agathonisi, notre polar de l'été, à retrouver en lecture intégrale ICI.

 

 

Le troisième chapitre de Georges. Philio dans les pattes de l’émir

 

« Quand elle se réveilla, la tête lourde, elle se trouvait dans un lieu inconnu, sombre, rempli d’une odeur bizarre, à la fois corporelle et pharmaceutique. Elle distingua aussi – comme si l’anesthésiant qu’on lui avait fait respirer aiguisait son odorat, un parfum de thé à la menthe. Elle fut saisie d’un haut-le-corps quand elle se rendit compte qu’elle était entièrement nue, et qu’en dehors de la tête, elle n’était pas libre de ses mouvements. Son regard s’habitua à l’obs- curité. Elle était sur une sorte de scène, attachée à un cadre circulaire d’acier brillant, comme au cirque, bras et jambes écartés. Dans la salle, en contrebas de quelques marches, il y avait plusieurs fauteuils incongrus, dont les accoudoirs dorés, de style Louis XV, ressortaient sur le fond noir. Deux fauteuils étaient occupés. Interloquée, elle reconnut l’émir et, à côté de lui, un grand type athlétique à la peau noire. Autant qu’elle pouvait s’en rendre compte, ils étaient nus eux aussi.

Elle se rendait compte que sur la scène, à côté d’elle, il y avait quelqu’un qui vérifiait ses attaches, s’affairait en soufflant comme un asthmatique à elle ne savait quelle besogne, mais la personne était et resta hors de la portée de son regard.

Philio recouvrait progressivement, avec la vue, une conscience lucide. Quand elle eut embrassé toute la scène et toute sa signification, elle montra la force de son caractère. Au lieu de pleurer, de gémir, de supplier, elle hurla de colère, cria des insultes.

Le plus humiliant pour elle, peut-être, fut que les deux hommes continuèrent leur conversation comme si de rien n’était. Leur attitude montrait clairement que la situation était pour eux assez commune et que Philio n’était pour eux qu’une proie supplémentaire dans une longue série.

La jeune femme finit par se taire. Au bout d’un long moment, l’émir et son acolyte tournèrent les yeux vers elle. Le gros homme se leva. En réalité, il n’était pas nu. Il portait une serviette de bain autour des reins. Mais quand il escalada les quelques marches qui menaient à la scène, la serviette tomba et il ne la retint pas. Il n’avait manifestement aucune pudeur. Sous la masse graisseuse de son abdomen, le petit sexe ballottait entre ses cuisses comme un bout de chair misérable noyé dans un petit buisson de poils noirs et blancs. Philio se demandait de quel Moyen Âge obscur ce tyran ridicule tirait son pouvoir et son impudence. L’homme s’approcha d’elle. Le contact de son ventre rappela à la jeune femme leur rencontre précédente. Elle articula avec peine :

– Son Al...
Le gros homme ricana :
– Je ne suis pas plus émir que tu n’es une princesse, ma poule. Non, attends une minute, pas ma poule, ton vrai nom est Cindy Lecocq, je me trompe ?

Philio rougit. C’était un chapitre qu’elle croyait refermé pour toujours. Elle siffla :

– Pauvre type, salaud... »