Le petit Nicolas (Machiavel ) apprend le latin

Comment Machiavel apprit le latin ?

 

La jeunesse de Nicolas Machiavel est bien souvent mal connue, mais grâce à la Vie de Machiavel, par Roberto Ridolfi, nous avons quelques éléments qui permettent de reconstituer sa formation. Roberto Ridolfi a en effet consulté le Libro di Ricordi de Bernard Machiavel, le père de Nicolas : il s’agit d’un journal, ou plutôt d’un registre, tenu du 30 septembre 1474 au 19 août 1487 qui donne des informations précieuses tant sur les propriétés foncières et les revenus de Bernard Machiavel, que sur sa vie de famille.

 

Selon Roberto Ridolfi, c’est de son père que Nicolas Machiavel tient « son amour pour l’étude » (p. 17). « Et de ces premières études, […] on sait maintenant quelque chose grâce au journal paternel. » (Ibid.) Ainsi, « le 6 mai 1476, Nicolas commença à apprendre le “Petit Donat”, c’est-à-dire les premiers éléments de la langue latine, auprès d’un certain maître Matteo : à sept ans, il était donc en conformité avec les préceptes pédagogiques de l’époque. » (Ibid.)

 

Qu’est-ce qu’un « Petit Donat » ? Donat, en latin Ælius Donatus, est un grammairien du IVe siècle. Sa grammaire, Ars grammatica, a eu un grand succès tant en Italie qu’en France ou en Angleterre et on a donné le nom du grammairien à la grammaire (plus ou moins adaptée suivant les éditions). Un « Petit Donat » c’est donc la première grammaire latine des élèves.

 

petit donatPage illustrée de l’Ars minor, « manuel de grammaire élémentaire latine rédigé sous forme de questions-réponses résumant l’Ars grammatica ». Source : BnF – Gallica (+ lien : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1044314k.r).

 

Le Libro di Ricordi nous apprend qu’en 1477, Nicolas Machiavel « fut confié à un autre maître de grammaire, un certain Ser Battista da Poppi, dans l’église de San Benedetto » (p. 17). En 1481, Nicolas et son frère Totto (né en 1475) étudient avec « un certain Ser Paolo da Ronciglione ; et tandis que Totto est aux prises avec le Petit Donat, “Nicolas fait ses latins”, c’est-à-dire rédige déjà de brèves compositions dans la langue de Rome. » (Ibid.)

 

La question de l’étude du grec a fait débat entre les spécialistes de Machiavel, et selon Roberto Ridolfi, « il semble qu’il [Nicolas Machiavel] n’apprit pas le grec : peut-être les premiers rudiments, pas davantage. Son père n’eut pas l’idée de faire de lui un savant […] : outre l’idée, il leur manqua peut-être l’argent. Les auteurs qu’il lut furent à coup sûr ceux sur lesquels à l’époque s’exerçaient tous les jeunes, en apprenant aussi une bonne partie par cœur ; mais cette “lecture continuelle” des histoires antiques, dont Machiavel nous parlera à l’âge mûr, on imagine, et même on comprend, qu’elle avait commencé dès son premier âge, à la manière des grandes vocations. Justin, le premier historien que l’on mettait entre les mains des enfants, ne figurait pas parmi les livres de son père ; mais le bon Bernard, qui l’avait emprunté, le rendit alors que Nicolas avait douze ans et déjà “faisait ses latins”. » (p. 17-18)

 

Page de titre d’une édition en français (1538), de JustinIllustration 2 : Page de titre d’une édition en français (1538), de Justin, en latin Justinus, un historien du IIIe siècle. Les textes de Justin ont été largement diffusés et étudiés : on sait qu’à douze ans, Laurent le Magnifique étudiait cet auteur (Ridolfi, p. 18). Source : BnF – Gallica (+ lien : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k87279412.r).

 

Roberto Ridolfi précise que si Bernard Machiavel a emprunté le Justin pour son fils, il possédait dans sa bibliothèque « les Décades de Flavio Bondo et surtout celles de Tite-Live » (p. 18). Le biographe corrige quelques jugements erronés : non, Machiavel n’a pas lu que des historiens, « outre les auteurs de comédies, qu’il traduisit, transcrivit et imita, il s’intéressa également aux poètes […] : on éprouve un plaisir particulier […] à le savoir occupé à transcrire Lucrèce […]. Il connut et utilisa beaucoup d’écrivains grecs dans les traductions latines qui circulaient manuscrites et imprimées, de Platon à Aristote, de Xénophon à Hérodien, de Thucydide à Polybe. » (p. 18-19)

 

Le jeune Machiavel a donc été nourri par « la lecture continuelle des choses antiques » (p. 19) et ces lectures transparaitront dans son œuvre. Avant d’aborder le Prince, nous proposerons, dans la prochaine chronique, des portraits de Machiavel, et même un autoportrait. « Volgere il viso alla fortuna ».

 

 

 


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